Chronique : La peau de l'autre -1- Pile et Face (Bamboo Édition)

Il y a 2 semaines 25

H arvey et Ross sont deux amis qui ont pour ambition de créer leur comédie musicale avec comme doux rêve de la jouer sur Broadway. L'un est un talentueux musicien ayant le piano en tant qu'instrument de prédilection, l'autre écrit les chansons et gère le business. Lorsqu'en décembre 1941 surviennent les alarmes étourdissantes à travers New-York : les États-Unis entrent en guerre. Harvey décide de s'engager, le projet avorte, l'honneur de la patrie avant tout. Il s'écoule trois longues années avant que le héros, le visage défiguré par une terrible brûlure causée lors d'un calamiteux sauvetage militaire, apprenne par un article de presse que son acolyte s'est approprié leur création. Cette dernière est un véritable triomphe et le succès est retentissant ! Comment réagir alors à cette trahison ? Pile, le pardon ? Face, la vengeance ?

À l'écriture, Serge Le Tendre, père de la série Chinaman , réserve un sort sombre et tragique au le protagoniste principal. Ce grand brûlé de guerre abandonné de tous car considéré comme mort, prépare son retour et compte bien faire payer au prix fort ses désillusions. Le scénariste met en place dans ce premier tome les ingrédients nécessaires - rebondissements, trahison - pour faire progresser lentement une tension palpable jusqu'au cliffhanger final. Le personnage d'Harvey est intéressant à suivre, l'ambivalence de sa nature émerge au fil des pages bien aidé par la création à la lisière du fantastique, d'un nouveau visage façonné par un chirurgien de la peau. L'auteur, semble s'être inspiré des comics pour brosser son portrait. Ainsi, des similarités flagrantes apparaissent avec l'iconique Harvey Dent, présent dans l'univers de Batman. Défiguré également (lui à cause d'un jet d'acide) il alterne sur le devant de la scène avec son alter égo schizophrène, Double-Face.

Côté dessin, Gaël Séjourné (À la vie à la mort) propose un graphisme rétro qui se marie admirablement avec l'ambiance de l'histoire. Le trait épuré et le choix des couleurs dans des tons vintage participent à ancrer parfaitement la mise en scène générale du récit. Une mention spéciale pour le soin apporté aux éléments extérieurs et la trogne horrifique d'Harvey.

Pile et Face pose les bases de l'intrigue et donne juste ce qu'il faut de suspense au lecteur pour attendre impatiemment la conclusion de ce diptyque.

Par T. Logghe

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