Chronique : Lapinot (Les nouvelles aventures de) -6- Par Toutatis ! (L'association)

Il y a 1 semaine 19

L apinot est, sans explication, transporté dans le monde d’Astérix. Les villageois n’y voient que du feu ; personne ne remarque ses longues oreilles et ses pieds démesurés. Seul Obélix le trouve étrange avec certaines de ses expressions (OK, point barre) et réflexions (Gérard deux par deux, le parc Astérix). Richard s’est quant à lui incarné en Assurancetourix, tandis qu’un mystérieux visiteur, se proclamant Toutatis, manœuvre pour mettre la main sur le secret de la potion magique.

Comme c’est souvent le cas, les aventures gauloises nées dans le journal Pilote portent un regard sur un passé imaginaire pour mieux parler de l’époque actuelle (capitalisme dans Obélix et compagnie, sectes dans Le devin, urbanisme dans Le Domaine des dieux, etc.). Dans Par Toutatis!, le moteur du récit se révèle politique et environnemental ; l’album discute d’écoterrorisme, de totalitarisme et d’impérialisme culturel.

Lewis Trondheim s’est d’abord approprié le cahier des charges de la célébrissime bande dessinée. Les incontournables répondent tous présents : bagarres contre les Romains, sangliers, sabordage du navire des pirates, poisson (étrangement frais), potion (au goût immonde), calembours, banquet, etc.

La trame se veut toutefois plus réaliste que celles de René Goscinny, Albert Uderzo et Jean-Yves Ferri. Après avoir accueilli le bibliophile dans un univers qu’il connaît bien, le scénariste s’amuse à déconstruire le mythe. Par exemple, si le porteur de menhirs tape sur un légionnaire, le militaire meurt et il y a du sang. Par ailleurs, l’auteur part du principe qu’une arme aussi puissante que le breuvage du druide risque d’être utilisée à mauvais escient, même si, à la base, les intentions semblent nobles.

Le conteur transforme en outre certains personnages, particulièrement Obélix. Utilisé à contre-emploi, il donne la réplique au lagomorphe ; lucide et curieux, il enrichit le narratif. Panoramix apparaît pour sa part étonnamment naïf et Idéfix se fait discret.

Enfin, Lapinot réalise le fantasme de plusieurs lecteurs en ayant la chance d’entrer dans l’intrigue et d’en infléchir le cours. Il est guidé par sa connaissance approfondie d’une quarantaine d’albums (ce qui en fait une sorte de dieu omniscient) et de ce que deviendra la société dans vingt-et-un siècles. Cette stratégie est similaire à celle du voyage dans le temps et de tous les paradoxes qu’il peut engendrer.

Le trait se montre schématique, mais l’artiste, toujours efficace, va à l’essentiel ; les protagonistes jouent juste et sont bien caractérisés, et les lieux sont aisément reconnaissables. La structure des planches en quatre bandes rappelle quant à elle celle développée par le tandem original. Les couleurs très crues de Brigitte Findakly sont également respectueuses de celles de la série parodiée.

C’est avec maestria que Lewis Trondheim amalgame son monde à celui de René Goscinny et Albert Uderzo. Son ton n’est d’ailleurs pas si éloigné de celui du duo qui, dans une même histoire, abordait différents sujets pour offrir plusieurs niveaux de lecture aux bédéphiles, grands et petits.

Un récit intelligent, où l’écrivain questionne le vrai et le faux, la réalité et la fiction, le possible et l’improbable.

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