Chronique : Les mémoires du Dragon Dragon -1- Valmy, c'est fini (Le Lombard)

Il y a 1 semaine 17

P OUM ! Le coup est parti. Le général Dillon tombe au sol. Le combat de Marquain, du 29 avril 1792, a pourtant à peine débuté. Il faut dire que la balle ne vient pas des rangs ennemis. Non, celui qui a tiré est un dragon de l’armée du Royaume de France (unité militaire à mi-chemin entre la cavalerie et l’infanterie). C’est un certain Dragon qui est en cause. Après une nuit passée loin de l’agitation (en tout cas celle provoquée par la mise à mort du haut gradé…), il est convoqué par son capitaine. Sa traîtrise aurait dû lui valoir d’être fusillé sur le champ. Mais l’homme a plus d’un dossier compromettant dans son sac et en réchappe avant d’être finalement transféré au quatorzième régiment, stationné à Laon. C’est le début d’une aventure rocambolesque qui l’amènera à jouer un rôle décisif dans la bataille de Valmy.

Simon Spruyt (Le tambour de la Moskova, Junker) et Nicolas Juncker (Fouché, Malet, Un général, des généraux) ont tous deux déjà trouvé dans l’Histoire un terreau particulièrement fertile pour plusieurs de leurs récits. Difficile de considérer, pourtant, qu’ils ont évolué en terrain totalement connu avec ce tome inaugural des Mémoires du dragon Dragon, qui présente plusieurs originalités.

Si l’aventure (car c’est bien de cela dont il s’agit) est adossée à des faits réels, plusieurs libertés sont prises pour s’en éloigner ou, plus exactement, pour en proposer une lecture différente. Jouer avec des ingrédients historiques suppose toutefois d’en avoir une certaine maîtrise qui transparaît bien ici, s’agissant des premières guerres de la Révolution française (et notamment de l’épisode de Valmy qui coïncide avec la proclamation de la Première République le lendemain). Parmi les nombreux personnages aperçus (Dumouriez et Kellermann, Louis-Philippe, etc.), Danton fait sans doute l’objet du portrait (certes rapide) le plus acide par les auteurs, qui n’hésitent pas à insister sur son cynisme.

À cette première dimension s’ajoute une copieuse dose de dérision, principalement incarnée par le bien nommé dragon Dragon. Caractérisé par une manifeste couardise, il joue de sa grande aisance sociale et n’hésite pas à prendre des airs faussement sérieux pour épater son monde (du simple compagnon de régiment au Duc de Brunswick) ! Beau parleur et séducteur (et accessoirement voleur), le protagoniste a surtout une libido des plus débordantes qui guide ses actions tout autant (sinon davantage) que sa quête d’héroïsme. Le cocktail fonctionne merveilleusement bien : l’humour est omniprésent et efficace, servi par des dialogues inspirés.

Valmy, c’est fini donne le ton avec brio pour cette série qui revisite l’Histoire avec légèreté à travers le récit d’un personnage haut en couleurs.

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Par D. Kebdani

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