Chronique : Soixante printemps en hiver (Dupuis)

Il y a 2 semaines 26

J osy a décidé de reprendre sa liberté. Sans explications ni avertissement, elle décide de prendre le volant de son van et de quitter cette maison dans laquelle elle ne reconnaît plus personne. Ni ses enfants, ni son mari après 35 années d'union. Comment vont réagir ses proches ? Et comment elle-même va-t-elle assumer ce choix ?

Scénariste prolifique, Ingrid Chabbert (Elma, une vie d'ours, En attendant Bojangles, Écumes) oscille entre adaptations littéraires, albums jeunesse et récits intimistes. Soixante printemps en hiver(/i] appartient à cette dernière catégorie. Prenant pour héroïne une néo sexagénaire qui décide de s'émanciper de son carcans matrimonial, l'autrice vient pointer, avec beaucoup de bienveillance, une évolution dans les mœurs de nos sociétés modernes. L'époque où les mariages duraient à vie sauf à ce que l'époux quitte sa moitié (souvent pour une autre plus jeune), n'est plus. Ni battue, ni délaissée, c'est une femme éprise de liberté qui choisit de partir. Josy s'en va pour se retrouver et arrêter d'étouffer auprès d'un mari certes gentil mais pour lequel elle n'éprouve plus rien. Leurs enfants ont grandi et ont, à leur tour, fondé une famille, alors pourquoi se résigner et accepter une vie qui ne lui convient plus ? Pourquoi ne pas penser à soi après une vie à se soucier du bien-être des autres ?

Pour habiller cette réflexion, Aimée de Jongh prend les pinceaux. Après Le Retour de la Bondrée, L'obsolescence programmée de nos sentiments et surtout Jours de Sable, l'artiste néerlandaise met son dessin au service de cette histoire de femmes et d'émancipation. Ponctuant le cheminement de l'héroïne de séquences muettes, l'artiste retranscrit à merveille les questions et les doutes qui tiraillent Josy. La justesse de son trait parvient même à faire oublier les quelques facilités scénaristiques qui mettent sur la route de la principale protagonistes les bonnes personnes au bon moment. Ces rencontres, comme certains rebondissements ou la relative faiblesse de certains personnages secondaires (mari et enfants de Josy notamment), confèrent en effet à l'intrigue un côté naïf et un manque d'authenticité qui pourrait faire sortir du récit. Mais en passant outre ces menus défauts, l'histoire se suit avec plaisir jusqu'à l'ultime case.

Émouvant et touchant, Soixante printemps en hiver aurait même pu être une totale réussite. Le léger manque de crédibilité ne doit toutefois pas ternir les qualités de cet ouvrage. La prestation tout en finesse d'Aimée de Jongh notamment, confirme, que chaque nouvelle sortie de l'autrice est à suivre. Tant pour son talent pour la narration que pour sa mise en scène toujours bien choisie.

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Par M. Moubariki

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