Festival BD d'Angoulême 2021 : Christophe Blain, Camille Jourdy et Gilbert Shelton attendus cet été

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Une fin de mois de janvier difficile pour Angoulême. Les rues semblaient désertes en cette période qui devait être celle du Festival international de la bande dessinée. L’Espace Franquin fermé, le Champ-de-Mars privé de ses bulles, ces grandes tentes blanches où s’entassent auteurs, éditeurs et chercheurs de dédicaces. L’hôtel Mercure, dont le prix des chambres augmentent de 150% pendant le festival, en avait à revendre au tarif basse saison. La remise des prix s’est tout de même tenue le vendredi 29 janvier en petit comité au théâtre. Certes avec un joli palmarès mais c’est bien tout. Le reste des festivités est prévu pour le début de l’été, du 24 au 27 juin 2021.

Les lauréats lors de la remise des prix à Angoulême, le 29 janvier 2021 (photo F. Forget).

Le Grand Prix 2020, Emmanuel Guibert, était pourtant là pour son exposition « En bonne compagnie ». Il attend lui aussi patiemment la réouverture des musées afin de faire découvrir au public son travail et celui de ses amis. Une exposition inédite puisque l’auteur y présente ses dessins et peintures mais aucune de ses planches. Une exposition altruiste aussi car le talent se partage chez ce dessinateur attentif et tourné vers les autres. Laurence Houot fait le récit d'une visite guidée avec l’auteur du Photographe.

Emmanuel Guibert, janvier 2021 à Angoulême (photo F. Forget)

La fin du mois de juin devrait être plus souriante pour la préfecture de Charente. Même s’il existe encore beaucoup d’incertitudes sur la forme que prendra le festival cet été. Les contraintes sanitaires peuvent encore peser lourdement sur la programmation. Sous quelles conditions se tiendront les expositions, les spectacles et les rencontres ? Les espaces fermés où les éditeurs vendent et les auteurs dédicacent pourront-ils ouvrir avec ou sans jauge ? Pour anticiper d'éventuelles restrictions, les organisateurs pensent laisser plus de place aux spectacles vivants qui peuvent se tenir dehors durant les beaux jours. Une autre difficulté concerne la venue d’auteurs étrangers. Le festival tient à sa dimension internationale. La solution est d’aller chercher un étranger vivant en France comme l’Américain Gilbert Shelton.

Robert Crumb ou Art Spiegleman ont eu leur talent récompensé par de multiples prix et expositions. Gilbert Shelton, pourtant lui aussi artisan de la BD underground américaine, n’a pas encore connu l’éclat d’une large notoriété. L’auteur des Freak Brothers et du Chat de Fat Freddy mérite plus de reconnaissance. Lisez sans attendre Six garçons dans le vent, le dernier album d’une autre de ses séries, Not quite dead. Il la réalise avec le dessinateur français Pic. Les héros sont les membres d’un groupe de rock façon Pieds Nickelés. Ils vont se produire dans un pays où la religion est très pesante et le blasphème facile. Désopilant et très actuel. Son éditeur français, Tête Rock Underground, était jusqu’à récemment un peu fâché avec le festival. L’annonce de la venue de Gilbert Shelton est une très bonne nouvelle.

Camille Jourdy est l’autre belle surprise de cette 48e édition. L’autrice de Rosalie Blum, adaptée au cinéma par Julien Rappeneau, ne connaît que le succès à Angoulême. Après le prix de la révélation en 2010, elle a reçu l’année dernière le prix jeunesse avec Les Vermeilles. En 2021, c’est son travail avec Lolita Séchan, Cachée ou pas, j’arrive ! qui devrait être mis en valeur. Un album réalisé en duo, délicatement dessiné et finement raconté pour un jeune public.

Camille Jourdy (photo DR)

Enfin, Christophe Blain devait être aussi exposé cette année. Habitué aux récompenses, il a reçu deux fois le prix du meilleur album avec Isaac le Pirate en 2002 et Quai d’Orsay en 2013. Jadis, au temps où l’on pouvait aller au musée (c’est à dire en 2019), il a exposé les planches de son dernier album à l’abbaye de l’Epau au Mans. Une aventure de Blueberry, Amertume Apache, dont il a écrit le scénario avec Joann Sfar. Pour cet été la nouvelle direction artistique du festival nous réserve donc une alléchante programmation. Il ne nous reste plus qu’à attendre ces jours heureux qui ouvriront portes des chapiteaux et des musées pour décoincer les bulles à Angoulême.

Christophe Blain (Abbaye de l'Epau, nov. 2019, photo F. Forget)

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