Histoires de Vendée Globe - Alexandre Chenet & Renaud Garreta

Il y a 2 semaines 36

Il y a la course autour du monde et il y a ce qu'en font les auteurs. Histoires de Vendée Globe, c'est le tour du monde des marins, de leurs ressentis à bord de leurs engins flottants. La BD met aussi en évidence la mer. Un élément qui a inspiré de nombreux auteurs.

Histoires de Vendée Globe Couv. Ed. DargaudHistoires de Vendée Globe Couv. Ed. Dargaud © Chenet & Garreta

Nous sommes en 2016, jour du départ, le soleil se lève sur le port des Sables d'Olonne. Ambiance rouge, orange, on dirait l'ambiance d'un tableau de Turner. Sauf qu'ici, on voit les traits des ombres au crayon. Les bateaux sont au calme, à quai. Dans quelques heures, le départ sera donné. Les marins sont partagés entre déconnades et sérieux. Bizuts ou non, chacun a son rituel.

Quand tu es en troisième division, ton objectif, c'est de finir

Alexandre Chenet écrit en s'adressant directement au lecteur en le tutoyant. Il affirme que dans le Vendée Globe, il y a trois divisions. Les compétiteurs, venus pour gagner, gros budget. La 2ème division, bateau ancienne génération, tu joues la compétition, même si tu sais que tu ne seras pas sur la plus haute marche. La 3ème division, le classement n'aura pas vraiment de sens. "Ton objectif est de finir." Une fois le départ donné, la course commence. Pour les auteurs, le défi de raconter les marins et la course. La BD alterne entre récit écrit et planches mettant en scène les marins. 

C'est lorsque la température commence à refroidir le long du Brésil qu'on comprend que ça y est. On entre dans l'inconnu - Romain Attanasio

Histoires de Vendée Globe Planche Ed. DargaudHistoires de Vendée Globe Planche Ed. Dargaud / Chenet & Garreta

Bienvenue en inconnu. La BD avance avec les marins, en chapitres : duels, d'où les vents souffleront, en aveugle, casse, joker et stratégie. Cette BD se lit comme on suit le Vendée Globe. Celui qui n'y connaît rien apprendra. Celui qui connaît comprendra. Alexandre Chenet vous raconte les anecdotes. Les sauvetages, comme celui de Jean Le Cam en 2009, quand son bateau s'est retourné au passage du Horn. Il sera sauvé par Vincent Riou. Grâce aux témoignages, Renaud Garreta photographie en dessins les images qu'on ne verra jamais. L'architecture des bateaux est précise. C'est crayonné. La mer est puissante, en mouvement, en écume. Elle peut être bleue ou grise comme quand on passe le Cap Horn. Quelles histoires ces femmes et ces hommes vont-ils vivre loin des regards terriens. Quelle part arriverons-nous à en saisir ? Ce sont les questions posées par le livre en conclusion. Le Vendée Globe est définitivement une histoire à part. 

Dessiner la mer, un art complexe 

Dans Le voyage du commodore Anson paru chez Futuropolis, Christian Perrissin et Matthieu Blanchin font une relecture de l'épopée maritime au XVIIIème siècle d'Anson. Il fit le tour du monde en 4 ans. Parti ruiner les colonies espagnoles avec une escadre de 8 bateaux et 2.000 hommes. Seuls 188 hommes rentreront au Royaume-Uni. La mer y est présentée en marron, rectiligne, sous une forme topographique comme les cartes maritimes de l'époque.

Le voyage du commodore Anson Planche Ed. FuturopolisLe voyage du commodore Anson Planche Ed. Futuropolis / Perrissin & Blanchet

Elle est aussi montrée dans toute sa violence.

Rafales de neige, mer démontée, pont submergé, équipage épuisé

Le voyage du commodore Anson Planche Ed. FuturopolisLe voyage du commodore Anson Planche Ed. Futuropolis / Perrissin é Blanchin

La mer est noire. Les voiles craquent. Les hommes sont éjectés. On est loin ici, de la mer calme présentée comme une poésie graphique par Hugo Pratt dans La ballade de la mer salée, la première histoire de la série Corto Maltese. 

La ballade de la mer salée Planche Ed. CastermanLa ballade de la mer salée Planche Ed. Casterman / Hugo Pratt

En quelques cases, le dessinateur italien signifiait son immensité en montrant une frêle esquif en minuscule. Pratt était un féru d'aventures maritimes tout comme Bourgeon avec ses Passagers du vent.

Il faut penser la mer comme un personnage toujours présent

Esteban Planche Ed. DupuisEsteban Planche Ed. Dupuis / Matthieu Bonhomme

Pour la série Esteban sortie en 2012, Matthieu Bonhomme expliquait la mer comme un personnage. La mer bouge. Une image fixe est donc compliquée à faire. Il faut arriver à rythmer l'image, à l'image d'Hokuzaï qui dessinait comme des doigts au bout de sa vague. Tout est dans le détail. Emmanuel Lepage, l'auteur d'Ar-Men chez Futuropolis qui raconte l'histoire du phare le plus éloigné des côtes françaises n'hésite pas à dire qu'il y a quelque chose de très physique à dessiner la mer. 

Ar Men Planche Ed. FuturopolisAr Men Planche Ed. Futuropolis / Emmanuel Lepage

Sa mer dessinée à l'aquarelle, est lumineuse. Le dessin dit-il, est cérébral. "Si vous voulez que le lecteur la sente bouger, il faut soi-même être pris dedans et trouver l'énergie en soi pour la retranscrire". Instructif.

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