Le Festival de la BD d’Angoulême, prévu en juin, n’aura pas lieu

Il y a 2 semaines 27

On le voyait venir, mais c’est tout de même un pincement au cœur. Tout comme Japan Expo, tout comme le Salon du livre, la grand-messe de la bande dessinée, qui devait se tenir au mois de juin à Angoulême, vient d’être officiellement annulée.

« Au regard de l’évolution du contexte sanitaire actuel, réaliser une édition du Festival en juin prochain – comme il avait été envisagé en novembre dernier – aurait signifié renoncer à de nombreuses dimensions qui fondent l’identité et la raison d’être de l’événement depuis son origine : favoriser la rencontre directe entre les créateur.ice.s de bande dessinée et les publics de tous âges ; […] proposer une circulation libre entre l’offre des éditeurs […] et les expositions et animations ; être un lieu de création in situ ; accueillir la jeunesse […] et plus généralement permettre à tous de se croiser », écrit l’organisation dans un communiqué diffusé ce vendredi.Et hop, encore une année sans Salon du Livre

Jeudi, Franck Bondoux, le délégué général du Festival, s’était prononcé dans « le Parisien » : « C’est un crève-cœur et nous sommes très tristes. Mais nous sommes obligés de tenir compte du contexte réel. Trop d’incertitudes pèsent encore. […] Continuer d’imaginer le festival dans un format réduit, avec des jauges, alors que nous avons plutôt des petits espaces, ce n’était plus possible. Au vu des événements, nous sentions aussi les éditeurs, nos principaux partenaires, commençaient à hésiter à s’engager. Nous ne pouvions pas non plus compter sur la présence des auteurs étrangers… Il a fallu nous résoudre : dans ces conditions, ce n’était pas viable économiquement, et cela aurait dégradé notre image. »

Il s’agit d’une première dans l’histoire du Festival créé en 1974 et qui accueille 200 000 personnes par an. Cette 48e édition était déjà menacée par l’appel au boycott des auteurs de BD, dénonçant leur précarisation croissante, mise en lumière par le « rapport Racine ». Le 16 mars, Lewis Trondheim s’était même délesté de sa médaille de chevalier des Arts et des Lettres pour la renvoyer badigeonnée de faux sang au « ministère de l’Inculture » dans une vidéo assez spectaculaire. « Cela fait partie des facteurs qui ont joué dans la décision. Mais franchement, si ça avait été le seul, nous n’aurions pas tout arrêté », précise Franck Bondoux.

En sus, le Festival venait de voir le départ de Stéphane Beaujean, son directeur artistique depuis quatre ans, dont l’action est unanimement reconnue. Celui qui avait travaillé d’arrache-pied pour faire vivre toutes les formes de BD (notamment le manga) pendant l’événement avait été remplacé par rien de moins qu’un triumvirat : Frédéric Felder, Sonia Déchamps et Stéphane Ferrand, vite reconverti en duo, Ferrand étant parti s’occuper à plein de temps du label Vega racheté par Dupuis.

« L’Accident de chasse » remporte le Fauve d’or 2021 au festival d’Angoulême

Le Grand Prix maintenu

Les organisateurs avaient scindé l’événement en deux temps, avec un premier volet en janvier réservé aux professionnels, et une seconde partie ouverte au public, du 24 au 27 juin. En janvier, le palmarès avait été décerné dans une cérémonie à huis clos n’accueillant que journalistes et auteurs ayant souhaité faire le déplacement. Le Fauve d’or était revenu à « l’Accident de chasse », de Landis Blair et David L. Carlson (Sonatine). D’autres prix avaient récompensé, entre autres, Steven Appleby pour « Dragman » (Denoël Graphic), Gabrielle Piquet pour « la Mécanique du sage » (Atrabile) ou Maurane Mazars pour « Tanz ! » (Le Lombard).

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Le Grand Prix, qui récompense l’ensemble d’une œuvre, est quant à lui maintenu fin juin, « pour mieux le célébrer dans un moment qui aurait rassemblé les autrices et les auteurs » et « pour clore le palmarès de cette 48e édition pas comme les autres », selon les organisateurs. Il se déroule selon un vote des auteurs à distance, par internet. Attribué en 2020 à Emmanuel Guibert, il pourrait revenir cette année à l’Américain Chris Ware, un des grands favoris. Le jury présidé par Benoît Peeters avait choisi de ne pas le distinguer en janvier pour le chef-d’œuvre « Rusty Brown » (Delcourt), en sélection officielle, dans un tour de passe-passe étonnant consistant à dire que l’auteur était si brillant qu’il en devenait « hors catégorie ».

Pendant ce temps, la BD a connu une année record en 2020 avec 53 millions d’exemplaires achetés en France (+9 %) selon une étude Gfk. Sur Facebook, Xavier Bonnefont, le maire d’Angoulême, joue l’optimisme : « Place désormais à l’édition 2022 qui sera encore plus innovante et surprenante et regardons l’avenir avec confiance, pour la BD, pour la création, pour Angoulême ! » Le Festival aura lieu du 27 au 30 janvier 2022.

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