Avec Bretécher (et quelques autres), la BD devint adulte

Il y a 2 années 195

Tout s’est passé en une poignée d’années. Début 1969, Claire Bretécher est une petite main de la littérature « destinée à la jeunesse ». A 29 ans, elle a publié des dessins dans la presse catholique et des journaux pour enfants. Pour « Spirou », elle dessine « les Gnangnan », un groupe de marmots passablement agaçants : on sent poindre son humour acide, mais comment imaginer que son besoin irrépressible de se moquer de tout la conduira si loin ? Et si vite ? Car quatre ans plus tard, en septembre 1973, elle publie sa première planche des « Frustrés » dans « le Nouvel Observateur ». Le changement de lectorat est radical : la voilà lue par les « intellos de gauche », alors au sommet de leur influence.

Ainsi parlait Claire Bretécher

En réalité, durant ce laps de temps, c’est la place de la bande dessinée dans le paysage culturel français qui a été chamboulée. Quand Claire Bretécher arrive à Paris, au début des années 1960, la BD est une industrie sans prétention, qui vit sous la férule d’une loi de 1949 sur les « publications destinées à l’enfance et à l’adolescence », laquelle bannit toute représentation d’acte « de nature à démoraliser l’enfance et la jeunesse ». C’est l’âge d’or des périodiques, alimentés par des armées de dessinateurs quasi anonymes, sans latitude artistique et chichement rémunérés. Le seul à avoir de l’ambition pour le genre, c’est René Goscinny. Auréolé par le succès d’« Astérix », il vient de reprendre la direction de « Pilote » et va bientôt déclencher un

Pour lire les 86 % restants,
testez l'offre à 1€ sans engagement.

Lire la Suite de l'Article