Chronique : Alicia - Prima ballerina assoluta (Rue de Sèvres)

Il y a 3 mois 190

L a Havane est le théâtre, à différentes époques, de destins liés entre eux de plusieurs protagonistes ayant pour passion commune la danse. Une en particulière s'en détache, Alicia Alonso (1920-2019). Sans s'éloigner véritablement de son île natale, la Prima ballerina Assoluta, fervente partisane de la révolution cubaine développera autant que possible l'art de la danse en créant une école à part dans le monde du ballet possédant un esthétisme reconnu dans le microcosme du 6ème art. Cette histoire, bien que romancée est la sienne ...

Après Idiss et la condition des immigrés juifs de l'Empire Russe venus à Paris au début du XXème siècle paru en mars, l'éditeur Rue de Sèvres présente une autre bande dessinée de qualité visitant les coulisses de l’école de ballet de la Havane et l'histoire récente de Cuba.
Eileen Hofer, cinéaste et journaliste de métier, signe en 2015 le long métrage documentaire « Horizontes » consacré à Alicia Alonso , figure des ballets cubains et l’une des plus grandes étoiles de la danse classique. En reprenant les grands axes du film, l'autrice fait une entrée remarquée dans le paysage BD.
Elle choisit de peindre la vie de trois femmes ; Manuela, une mère célibataire qui rêvait d'être danseuse classique mais s’illustre dans un cabaret tout en tentant d’élever seule son fils ; Amanda, une jeune ballerine talentueuse à qui l'avenir tant les bras et l'étoile Alicia Alonso qui, malgré sa cécité, a su devenir à force de travail et de talent, une gloire du régime communiste.

Côté dessin, Mayalen Goust (Kamarades, Lisa et Mohamed) propose un travail graphique tout en finesse, poétique, teinté d'une mise en couleurs lumineuse et pleine de douceur. Ce choix délibéré de coloration pastel et vaporeux donne une impression de bulle hors du temps durant la révolution cubaine et la mise en place du régime castriste.
La grâce et l'expressivité des danseuses sont les points forts de l'album, la dessinatrice semble s'être passionnée pour cet univers artistique exigeant. Les décors ne sont pas oubliés pour autant, c'est à une véritable plongée dans cet état insulaire des Caraïbes en équilibre sur deux timelines différentes que le bédéphile est convié.

Alicia Prima Ballerina Assoluta, s'adresse certes à un lectorat qui possède une certaine fibre pour l'art de la danse mais les adeptes des romans graphiques mêlant fiction et réalité y trouveront aussi leur compte. Pourquoi ne pas prolonger cette lecture par la découverte dépaysante de cette "tierra calentiente" durant cette période estivale puis à la rentrée rechausser vos chaussons ... de danse !

Conseil de lecture complémentaire : Castro de Reinhard Kleist.

Par F. Paquet

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