Chronique : Beautemps-Beaupré d'un océan à l'autre - Beautemps-Beaupré de l'océan à la carte (Locus Solus)

Il y a 4 semaines 60

B rest, 1791, une expédition part à la recherche du navigateur Jean-François de Lapérouse. Le voilier et ses passagers passeront trois années en Australie, en Nouvelle-Guinée et à Java. Parmi eux, Charles-François Beautemps-Beaupré qui a développé une technique pour produire des cartes géographiques d’une précision exceptionnelle. Il profite du voyage pour tracer les contours de ces îles peu ou pas connues. Le périple n'est pas sans périls puisqu'il faut affronter les récifs de corail, les tempêtes et les brisants, sans oublier les populations locales méfiantes face à ces visiteurs enclins à rapidement prendre leurs aises.

Le récit de Malo Durand aborde différents thèmes. Au premier chef la connaissance, laquelle n’est pas désintéressée puisqu’une juste appréciation du territoire assure un ascendant au pays qui souhaite étendre son influence. Les enjeux sociopolitiques, parfois complexes, apparaissent du reste au cœur du projet. Le scénariste souligne par ailleurs à plusieurs reprises la maladresse, voire la violence, des envahisseurs et fait dire à un des personnages « Qui sait si le contact de la civilisation avec ces gens à l’état de nature peut engendrer autre chose que ce désastre. » Il est à noter que l’essentiel du propos est livré par un narrateur et que les phylactères se montrent relativement rares ; cette stratégie témoigne de la volonté de l’auteur de communiquer beaucoup d’informations, ce qui serait plus laborieux avec des dialogues. Cela dit, le sujet n’est pas austère et fait fréquemment place à l’action.

Le trait, très gras, d’Erwan Le Bot se révèle agréable ; il lui permet de donner beaucoup de densité aux comédiens et d’expressivité à leurs visages. Ses scènes d’océans déchaînés sont aussi réussies. Un bémol, à quelques reprises il a recours à des photos qu'il n'a pas suffisamment retravaillées pour qu'elles se fondent dans ses illustrations.

Publié avec le soutien du Service hydrographique et océanographique de la marine, l'album est bien documenté. En complément de programme, un épilogue rappelle la fin de l’aventure en pleine période révolutionnaire et raconte la suite de la carrière du héros. Ce dernier a notamment effectué les relevés de la côte Atlantique, de la Bretagne au golfe de Gascogne.

Un épisode de la petite histoire de la France, vu à travers la vie d’un scientifique dont les travaux ont été utilisés jusqu’au milieu du XXe siècle.

Par J. Milette

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