Chronique : BFF (Delcourt)

Il y a 1 mois 43

D ans un groupe de potes, tout le monde tient un rôle. Baptiste est le célibataire endurci un peu lourd. Oscar est le beau gosse dragueur qui va se ranger avec Claire, la gentille un peu trop sérieuse. Camille est la meilleure amie, cool et sympa. Céline est l'ennuyeuse, qu'on aime bien mais dont on se moque lorsqu'elle n'est pas là.

Puis il y a Gro. En fait, il s'appelle Olivier, mais ce surnom qui date de l'époque où il était gros, lui est resté. C'est l'artiste de la bande. Il joue du piano, courant le cachet. Un intermittent qui se la coule un peu douce AVEC NOS IMPÔTS... tout le monde l'apprécie, tout en charriant gentiment le raté sympa qu'il est. Sauf qu'Olivier a un secret. Il est un concertiste renommé. Pourtant, il a décidé de dissimuler cet aspect de sa vie. C'est tout un travail. Il refuse les représentations en France, utilise un pseudonyme ironique : Oliver Gro. Il conserve un studio miteux qu'il utilise pour donner le change mais possède un luxueux appartement dans le même immeuble. Tout ce fragile édifice de mensonges tient vaille que vaille. Après tant d'années de double vie, il est trop tard pour révéler la vérité sans risquer de mettre en péril la cohésion de la bande.

De toute façon, pour le moment, c'est le mariage d'Oscar et Claire qui occupe les esprits. Sauf que tout le monde a ses petits secrets. Si le premier domino tombe, les autres ne manqueront pas de suivre.

Commencé sous forme de webtoon, ce récit lorgne vers l'esprit de films comme Les petits mouchoirs. Il dissèque une amitié qui, si elle fut sincère, est devenue factice. Tous s'accrochent à une illusion, s'acharnent à jouer leur partie, aussi pathétique que cela soit devenu. Maintenir la façade devient l'alibi à toutes les petites hypocrisies et mensonges. Thomas Cadène excelle dans ce genre de récit choral, paraissant superficiel mais touchant malgré tout à quelque chose de profondément subtil dans la complexité des relations humaines. Le dessin de Joseph Safieddine, bien habillé par les couleurs de Clément Fabre, entretient l'ambiguïté entre la légèreté apparente et la gravité du propos. Force est de constater que des amis comme ça, chaque lecteur en connaît. Reste à savoir quel est notre personnage dans ce vaudeville amer. La comédie de mœurs est dans l'ensemble réussie, parfois touchante, le plus souvent acide et finalement plus noire qu'il n'y paraît.

Par T. Cauvin

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