Chronique : Celle qui nous colle aux bottes (Rue de l'échiquier)

Il y a 1 semaine 27

E n fin de cursus à l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs, Marine doit rendre un mémoire sur le sujet de son choix. Elle pense immédiatement à ses racines et au décalage toujours plus grand entre campagne et ville. En effet, cette fille d’agriculteur « émigrée » à Paris et pratiquement devenue bobo est bien placée pour constater le fossé creusé par l’ignorance entre ces deux mondes. Obligations de rendement, contraintes de production versus chute de la biodiversité et pollution des sols, le combat est âpre et rares sont ceux qui arrivent à dialoguer. Ce beau projet lui permettra également de se reconnecter avec les siens.

Premier livre d’une autrice encore en rodage, Celle qui nous colle aux bottes est une bande dessinée documentaire doublée d’un témoignage autobiographique sincère et sympathique. L’approche générale fait immanquablement penser au Étienne Davodeau de Rural! ou des Ignorants, voire, par moments, à Derf Backderf et son Trashed. Le ton est donné, le réel et l’humain trônent au centre des débats. Évidemment un peu scolaire, la narration est néanmoins bien structurée et globalement complète. La scénariste prend le temps d’entendre les différents points de vue avant d’avancer des solutions possibles ou acceptables, tant pour l’environnement que les producteurs. En prime, un suspens final : arrivera-t-elle à convaincre son père d’y aller mollo avec le glyphosate ?

Débuter sa carrière avec un ouvrage de deux cent pages est très courageux. En étant direct, il est impossible de dire que le résultat, spécialement graphique, s’avère décoiffant. Le trait est hésitant et souvent maladroit. Heureusement, le découpage et la mise en scène se montrent plus solides et rendent la lecture agréable et même prenante. La dessinatrice n’a pas abdiqué devant l’ampleur de sa tâche et réussit à proposer un tout cohérent sur la longueur. Face à la pagination et à l’ambition de l’album, c’est déjà une victoire en soi.

Malgré quelques hésitations au niveau des illustrations, Celle qui nous colle aux bottes est une première œuvre honorable qui devrait parler à tous ceux que le futur de la planète inquiète et interroge.

Par A. Perroud

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