Chronique : Contrapaso -1- Les enfants des autres (Dupuis)

Il y a 1 semaine 29

S i la censure limite votre droit à la libre expression et ne vous permet pas de dire la vérité, rien ne vous oblige cependant à écrire ce que vous ne pensez pas ? En théorie, oui ! Sauf que, si vous êtes journaliste… il vous faut bien faire bouillir la marmite. Quitte à laisser vos illusions au placard !

Décidément l’univers journalistique attire Teresa Valero qui ,après les journaux de charme outre-Atlantique Gentlemind, revient sur le vieux continent explorer les arcanes de la presse populaire sous Franco.

Que personne ne s’y trompe, si Contrepaso possède des airs de thriller, son propos est ailleurs et plonge directement dans les tréfonds d’une société qui a accepté de gommer quarante années de son passé en ce mois d’octobre 1977 en amnistiant aussi bien les bourreaux que les victimes. Mais, près d’un demi-siècle après la mort du Caudillo, une loi ne peut dissuader quiconque de chercher à comprendre !

Pour l’occasion, l’autrice Ibère prend - à l'instar des reporters de l'époque - des voies détournées pour aborder des sujets qui aujourd’hui encore s’avèrent sensibles ! L’eugénisme, le silence des démocraties occidentales d’alors face au régime franquiste, la répression et les tortures qui en découlèrent, les privations de liberté surtout pour les femmes, le poids et le silence de l’Eglise… sont traités avec profondeur au travers d’une enquête qui se révèle bien moins anodine que les autorités voudraient le laisser croire. Pour ce faire, la scénariste de Curiosity shop multiplie les intervenants et les axes narratifs, fouille l’iconographie de l’époque pour la retranscrire méticuleusement, recherche des témoignages pour crédibiliser son récit et restituer ainsi chacune des composantes de la dramaturgie espagnole. Loin de saturer son auditoire, Teresa Valero le captive en faisant œuvre de son expérience passée dans l’animation afin de dynamiser sa mise en page comme son dessin. D’aucuns auront le souci de lui trouver quelques affiliations connues, certes, mais ne serait-il pas temps de l’en affranchir et de la considérer pour ce qu’elle : une scénariste et une dessinatrice accomplie et de de talent. Il suffit pour s’en convaincre d'admirer ses planches réalisées sous Clip Studio !

Les enfants des autres consacre Teresa Valero, il ne reste plus qu’à espérer rapidement un second volet… puisque le contrat serait signé !

Par S. Salin

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