Chronique : Corto Maltese (Noir et blanc relié) -16- Nocturnes berlinois (Casterman)

Il y a 2 semaines 23

1924, Corto débarque à Berlin pour apprendre que Jeremiah Steiner y a été assassiné. Dans une Allemagne qui se cherche sans avoir encore succombé aux démons du fascisme, ce qui était un banal rendez-vous entre deux vieux amis va devenir une quête ésotérique, à moins qu’il ne soit plus prosaïquement question d’enquête et de vengeance…

L’histoire en elle-même a-t-elle grand intérêt car, sous des formes changeantes, elle se répète souvent ? C’est la manière de la raconter et de la transmettre qui importe ! En la matière difficile de se singulariser lorsque, finalement, vous ne disposez que de peu de liberté pour le faire ! En reprenant Corto Maltese, Ruben Pellejero comme Juan Diaz Canales savaient à quoi s’attendre… et force est de constater qu’in fine, l’exercice ne leur réussit pas si mal. Ainsi, Nocturnes berlinois démontre leur capacité à faire évoluer la saga tout en s’attachant à une forme de continuité.

Pour ce qui est du scénario, Juan Diaz Canales sait se plier aux figures imposées sans toutefois les nimber de l’aura ésotérique du maitre italien et, à l’évidence, il semble enclin à plus de rationalité : il y a eu meurtre, il y a donc un meurtrier… ce qui ne l’empêche pas de broder un succédané de conte où fiction, ésotérisme et réalité historique se renvoient la balle pour se justifier mutuellement. Coté dessin, la sobriété et le minimalisme des décors d’antan tranchent avec la densité et la minutie des plans larges sur lesquels joue Ruben Pellejero. Ce faisant, le graphisme glisse lentement du figuratif, voire de l’épure, vers le réaliste tout en se gardant de consommer la rupture trop brutalement, à l’image de ces ombres qui perdurent fugacement ou de ces quelques plans moyens sans fond…

Sans réel défaut s’il n’était cette intensité des noirs qui alourdit plus qu’elle ne marque, ce seizième opus fait office de transition. Ne serait-il pas temps de dépasser les côtes de Mû pour explorer de nouvelle terres (ou mers) inconnues ?

Par S. Salin

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