Chronique : Dad -8- Cocon familial (Dupuis)

Il y a 1 mois 59

V oilà déjà huit tomes que Dad mène sa barque et son équipage 100 % féminin du mieux possible. Devenu avec raison une des vedettes du magazine Spirou, la série est une réussite autant sur le fond que la forme. Gag en une planche, humour bon enfant et petit univers charmant reconnaissable par tous, Nob a bien compris l’ADN de la BD selon l’honorable maison Dupuis. Il y a un gros «mais» néanmoins et c’est certainement la clef du succès de la série, l’auteur a admirablement retourné les rôles et les fonctions à l’heure d’aujourd’hui. Maman au foyer, Papa au bureau, un gamin et son chien, Boule et Bill représentait l’exemple type de la famille nucléaire des Trente glorieuses. Dans Dad, rien de tout ça : un père célibataire vaguement acteur, une sororité multicolore (quatre filles de quatre mères différentes), des soucis de fin de mois et des vertèbres fragiles. La mécanique et la gaieté sont les mêmes, le dosage et les ingrédients simplement mis au goût du jour. Et le chien ? Pas d’inquiétude, il (ou plutôt elle) arrive dans ce huitième volume.

Traditionnelle chronique du quotidien pimentée des questionnements dus à l’âge des enfants, Dad aborde tous les sujets avec sensibilité et énormément d’honnêteté. Panda la studieuse fait un burn-out et tombe en dépression, Ondine la superficielle découvre le grand amour, Roxane fonce dans le tas et les origines de Bébérénice vont être dévoilées (chut, c’est un secret). Quant au father, il tente de faire tourner la baraque entre deux contrats minables et pas mal de livraisons de pizza (le loyer est en retard). Un peu tristounette cette réalité ? Oui, mais non ! Nob déploie des trésors d’amour et d’esprit à chaque page. Résultat, il est impossible de ne pas être touché par les mésaventures tragi-comiques de cette tribu recomposée à la mode du XXIe siècle.

Visuellement, ce sitcom dessiné se montre parfaitement construit. Les personnages sont pétillants de vie, les décors (l’appartement, la ville) respirent l'authenticité et le tout est emballé par des couleurs douces quasiment pastelles. Nob a fait ses débuts dans le Tchô cher à Zep et une certaine connivence avec un célèbre héros à la mèche vaillante (pas Tintin voyons, l’autre) est indéniable. Pas de confusion cependant, là où Titeuf est clairement rock’n’roll, Dad préfère la variété de qualité. Le ton et les rythmes sont peut-être moins marqués, mais ils sonnent aussi juste, si ce n’est pas plus.

Semi-classique du moment comme ont pu l'être Boule et Bill ou Modeste et Pompon, Dad restitue justement et finement notre époque. Cerise sur le gâteau, il le fait dans la bonne humeur et le respect de toutes et de tous.

Par A. Perroud

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