Chronique : Donjon Monsters -14- La bière supérieure (Delcourt)

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C ’est bien connu, en Zautamauxime, les étrangers (qui sentent la patate) ne sont guère appréciés. Pour sa part, Bonnie Mallory, née hase et serveuse à la taverne, n’a rien contre ceux qui ne sont pas comme elle et commence à en avoir plein les oreilles de l’attitude raciste des siens. Ce qu’elle voudrait vraiment, c’est aller voir ailleurs. Idée idiote selon sa mère et son patron. Ayant eu vent de cette envie de voyage si peu courante sur ces terres, Maître Kirsch, le brasseur en chef, lui propose de financer sa lubie en devenant représentante pour ses produits. La jeune femme accepte et, en quelques temps, devient une vendeuse hors-pair. Voyant leur part de marché partir en sucette, la guilde des brasseurs de Terra Amata est obligée de réagir et met sa tête à prix.

Située au niveau sept, La bière supérieure est le premier Monsters à profiter directement du redémarrage de la série avec un récit se déroulant peu ou prou au moment de Hors des remparts, à l’époque Zénith. Au centre des débats, Bonnie Mallory, une simple figurante jusqu’alors, se dévoile et prend rapidement les rênes de l’histoire. Les scénaristes ont imaginé un personnage complexe, à la psychologie torturée et dotée d’un intellect hors du commun. Ils l’ont également flanquée d’une autre nouvelle protagoniste certainement appelée à avoir un rôle dans un futur Donjon. L’intrigue, marquée de féminisme, d’économie de marché et de la nécessité de vivre sa vie selon ses propres règles, se montre dense, solide et parfaitement intégrée à l’univers en place. Humour, action et une certaine gravité (sans oublier une violence assez soutenue) sont au rendez-vous. Le seul bémol vient de l’apparition à mi-album de récitatifs passablement envahissants. Certes, ils sont nécessaires afin de préciser et résumer tout ce qui ne peut pas être montré. Cependant, ils alourdissent la narration et « cassent » le rythme de lecture.

Nouveau venu dans l’entreprise, Bastien Quignon (El Pason, Sacha et Tomcrouz) s’est fondu pratiquement organiquement au style « donjonesque », peut-être trop malheureusement. Un peu de Sfar, un soupçon de Blain et de Keramidas, le résultat manque un peu de personnalité, surtout dans le cadre d’un Monsters où le dessinateur est sensé donner sa propre interprétation de cet univers. Son travail s’avère néanmoins excellent avec plusieurs moments de bravoures graphiques, différentes grandes illustrations se démarquent particulièrement. Simplement, son approche reste très collée et trop respectueuse du canon en place pour véritablement s'exprimer.

Une héroïne passionnante, un scénario foisonnant et une mise en images cohérente, malgré quelques défauts finalement très secondaires, La bière supérieure n’a pas à rougir face aux quarante-quatre autres tomes qui forment la saga.

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