Chronique : Ecoline (Bamboo Édition)

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Il pleut à verse sur Paris, à la veille d'un évènement de taille qui a déjà martelé les pavés de la capitale : l’Exposition universelle ! Les visiteurs du monde entier viendront admirer les merveilles proposées. Ecoline aurait dû en faire partie, imaginez, elle, la chienne qui peint ! Pourtant, son avenir était tout tracé : suivre les pas de son père, le meilleur garde des campagnes aux alentours. Mais, plongée dans ses envolées rupestres, elle a failli à sa mission et fut renvoyéee de la ferme. Qu'à cela ne tienne, elle ira tenter sa chance dans Paname !

Stephen Desberg propose un scénario original qui réussit pleinement la transposition du monde animalier à celui des humains. Il démarre par un procédé classique : un flashback remontant aux origines du drame des premières pages et qui dévoile progressivement la façon dont la petite héroïne s'est retrouvée dans une telle panade. Ce parcours initiatique montre la manière de braver un destin tracé d'avance et la récompense de vivre selon ses envies, malgré les embûches. Le cadre et la période choisis permettent de découvrir une ville haute en couleurs, en particulier lors de l'essor de l'impressionnisme. Citant volontiers Verlaine et ses vers Il pleure dans mon cœur, le texte se révèle très agréable et chantant. Les personnages secondaires - Musette, la chatte danseuse, le pigeon bohème Raoul, le policier Fédor évoquant Javert, l'âne mégalo Bonbon - sont travaillés et riches, formant une galerie pittoresque très intéressante et vite attachante. Le rythme haletant, formé de péripéties et de rebondissements, assure une lecture captivante. Les enfants apprécieront le premier degré avec les animaux et leurs aventures promouvant de bonnes valeurs. Quant aux adultes, ils trouveront également leur satisfaction dans cette restitution du dix-neuvième siècle et ses richesses artistiques qui sont représentées avec talent.

Ana Teresa Martinez Alanis livre un charmant dessin, dans des tons qui jouent notamment sur le contraste de bleus doux et de jaune vif. La composition des planches dynamique et inventive n'hésite pas à offrir des pleines pages où des cases se promènent afin de diriger le regard, et où des cadrages vertigineux en plongée ou contre plongée multiplient les plans de vue. Les bêtes sont croquées avec malice et un brin de comique, le lecteur peut ressentir tout le plaisir que la dessinatrice a tiré en leur donnant vie. Les scènes décrivant le Moulin rouge se distinguent particulièrement, dans les détails et l'atmosphère, franchement réussis. Et la cerise, quelques vignettes clins d'œil à Lautrec ou Van Gogh parsèment l'ouvrage.

Un graphisme très frais et adorable pour une belle histoire de courage qui se lit à plusieurs niveaux, donc à mettre entre toutes les mains !

Par L. Moeneclaey

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