Chronique : En Fuite ! (Les Rêveurs)

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D eux employés de la fourrière d’une petite ville traquent un chien. Le quadrupède leur donne toutefois du fil à retordre. Pendant leur poursuite, ils croisent un duo d’évadés de prison poursuivis par leurs geôliers, une dame à vélo à la recherche de son chat, lequel est poursuivi par une meute canine, des ouvriers à l’œuvre sur une toiture, ou encore un vieux monsieur capricieux. Chaque rencontre fractionne la trame narrative, engendrant ainsi une multitude de sous-récits qui s’entremêlent et se répondent.

Après avoir illustré des textes d’Antoine Ozanam (Popeye, un homme à la mer, Gueule noire et Last bullets), Lelis agit cette fois comme auteur complet. Dans En fuite !, il raconte une aventure rocambolesque. Le ton, conjugué à l’absence de dialogues, n’est pas sans évoquer le cinéma muet ; les protagonistes, un gros et un petit rappellent évidemment Laurel et Hardy. Si la première partie célèbre les débuts du septième art, la seconde suggère plutôt la littérature alors que sont convoqués Moby Dick, Pinocchio, Don Quichotte, Alice, Little Nemo et plusieurs autres.

Sans apparaître franchement drôle, le scénario se veut toujours amusant. Le rythme est enlevé et les rebondissements étonnants. L’entreprise témoigne d’une démarche automatiste, un peu comme si l’esprit du créateur vagabondait librement, sans but précis, et que le lecteur n’avait qu’à se laisser porter. Le récit n’a d’ailleurs pas de véritable conclusion.

Dans ce livre sans paroles, le brésilien démontre sa parfaite maîtrise de la narration graphique. À défaut de compter sur les mots, l’illustrateur s’assure que ses images demeurent loquaces. Et c’est réussi ; les cases, souvent très grosses et fourmillant de détails, affichent une belle lisibilité. Le bédéphile gagne cependant à être vigilant et à s’attarder aux éléments, parfois anodins, mais rarement fortuits.

Le dessin, naïf, nerveux, généreux et complexe, devrait plaire aux amateurs de Carlos Nine et de Nicolas de Crécy. Les illustrations sont enjolivées de couleurs réalisées à l’aquarelle, généralement dans des tons ocres. Le grand format de L’album permet d’apprécier la qualité du travail de l’artiste.

Un OVNI littéraire se lisant un peu vite ; son potentiel de relecture est heureusement élevé.

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