Chronique : Entre les lignes (Mermoux) - Entre les lignes (Rue de Sèvres)

Il y a 5 mois 113

M oïse était un homme ombrageux et distant. A sa mort, c'est un véritable choc lorsque trois petits carnets sont découverts dans ses affaires. Adressés à une certaine Anne-Lise Schmidt, il s'y dévoile comme jamais il ne l'avait fait avec ses enfants. Il y raconte sa vie, révèle des blessures jusque-là restées secrètes. L'incompréhension est totale pour sa famille. A la demande de son père, profondément choqué par les révélations contenues dans ces pages, Baptiste part alors sur les traces de ce grand-père qu'il croyait connaître. Il retourne dans le village de son enfance : rien ne subsiste du monde décrit par son aïeul. Il se sent alors obligé de mentir sur l'avancée de son enquête, prétendant avoir retrouvé les descendants d'amis ou de voisins. Et si cette quête d'un passé disparu lui permettait de renouer un lien perdu avec son propre père en lui faisant passer un message ?

Dans cette adaptation d'un roman de Baptiste Beaulieu, Toutes les histoires d'amour du monde, Dominique Mermoux réalise une bande dessinée appliquée mais sans grand éclat. Il est difficile de définir clairement pourquoi Entre les ligness ne fonctionne jamais vraiment. Le graphisme agréable et délicat de l'auteur est pourtant séduisant, mais la construction souffre d'un déséquilibre narratif criant. En effet, le témoignage épistolaire du vieil homme est reproduit quasiment dans son intégralité, même si quelques bandes ou illustrations aèrent la mise en page. De fait, le livre se situe entre le récit illustré et la bande dessinée plus classique pour sa partie contemporaine. Cette dernière peine pourtant à exister, alors qu'elle est essentielle lorsque le récit est considéré dans sa globalité.

De cette nature hybride, Entre les lignes pourrait tirer une certaine délicatesse. Pourtant, il n'arrive jamais à émouvoir. Le récit se veut romanesque. Il faut donc accepter de se laisser porter par une intrigue dont le souffle compense les facilités. Dans ce genre d'histoire, il existe une forme de contrat tacite entre l'auteur et le lecteur. Ce dernier a besoin d'être convaincu que, même si les coïncidences sont trop belles pour être honnêtes et si les rebondissements surgissent de nulle part, ils sont la condition sine qua non pour que le plaisir soit total. C'est une forme de renoncement. Il faut qu'il en vaille la peine. La récompense tient en ce frisson qui parcourt l'échine lors de la résolution. Honnêtement, tout est très prévisible, jusqu'au contenu de cette petite boîte que Baptiste et son père tardent tant à ouvrir. Si le scénariste avait bien mené sa barque, il aurait été impossible de ne pas verser une larmichette lorsque le mystère est levé. Mais rien ne se passe. Ce qui se déroule "entre les lignes", ces autres retrouvailles qui auraient dû marquer la conclusion, tombe à plat, au lieu d'être un point d'orgue.

Les intentions sont jolies, mais cela ne suffit pas à combler tous les lecteurs. Ceux qui n'ont pas lu se demanderont si ces défauts sont hérités du roman ou si c'est l'adaptation qui est en cause.

Par T. Cauvin

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