Chronique : Happy End -1- La grande panne (Le Lombard)

Il y a 1 semaine 27

D u haut de ses quatorze ans, Mollie a tout vu venir. Évidemment, personne ne l’avait pas prise au sérieux ; une crise d’adolescence nourrie aux théories d’effondrement trouvées sur youtube©, ça lui passera. Et bien non. Cette fois, c’est la bonne : le gouvernement ne sait plus quoi faire, les magasins sont vides et l’armée est appelée à la rescousse. Heureusement, dans cette famille, même si tout le monde se chamaille à qui mieux- mieux, il y a de la ressource et c’est sans compter sur les amis du coin. Après le premier choc, le bon sens entre en action et, avec un peu d’organisation, tout devrait se passer sans trop de casse.

Si les fables apocalyptiques (avec ou sans zombies) et les différentes formes de catastrophismes sont à la mode, ils ne datent pas non plus d’hier. De la peur de l’An mille aux retours réguliers des morts-vivants, l’être humain a toujours aimé se faire peur sur fond de fin des temps. Olivier Jouvray apporte sa pierre à l’édifice avec Happy End, une version toute contemporaine qui allie réalisme et décalage, sans oublier une belle dose de burlesque et de clownerie. Au centre du récit, une distribution pléthorique - pas moins d’une quinzaine de personnages d’importance - permet d’illustrer tout l’éventail des réactions possibles face à cet arrêt momentané de choses du quotidien (horreur, plus de réseau !). Le ton est explosif, les dialogues s’enchaînent et s’empilent dans une farandole sympathique qui s’avère quasiment fatale à la narration. La situation est critique et urgente, le message est compris. Par contre, un peu de pitié s’il vous plaît, sur la longueur, le lecteur finit à ne plus savoir où donner de la tête.

Trait semi-réaliste affûté, une galerie de bouilles croquées avec délice et un talent certain pour dépeindre le chaos, tant matériel qu’émotionnel, Benjamin Jurdic s’en sort plutôt bien. En revanche, face à l’avalanche verbale de son scénariste, il a parfois un peu de peine à caler de manière optimale tous les membres de ce clan haut en couleur dans ses planches. Rien de grave, mais mieux vaut garder les pupilles bien acérées pour ne pas laisser échapper le fil des évènements.

Riche, fourmillant et pleine d’esprit, quoiqu’un peu forcé ou artificiel par moment, La grande panne est une lecture foisonnante et réjouissante malgré ses sombres prémices. Sitcom, drame, comédie pure et satire sociale, cette relecture familiale du genre « post-apo » ratisse large avec un certain bonheur, il faut bien l’avouer.

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