Chronique : Impact (Casterman)

Il y a 2 semaines 35

D ’un côté, Dany, un quarantenaire en rupture, vaguement SDF et bien connu des services de police. Il traîne son blues, sa haine et un casier. Pourtant, il voudrait s’en sortir et accepte d’aller voir une psy (c’était ça ou la cabane, dixit son baveux). De l’autre, Jean, un ouvrier, un bon en plus, que son ouvrage a lentement empoisonné pendant des années. Il se retrouve en Ephad, les poumons cramés et quelques mois (au mieux) à vivre. Lui aussi a des regrets et des colères refoulées depuis longtemps et puis, zut, il va crever bientôt. Alors, il faut que ça sorte, qu’il parle enfin, avant d’en finir.

Véritable thriller social dans les règles de l’art, Impact est une lecture prenante et touchante. Sous un prétexte sanglant et finalement secondaire, Gilles Rochier offre un portrait radical de l’époque et de deux hommes totalement différents, mais pareillement coincés dedans. Un travailleur trop honnête et consciencieux pour ses patrons, un jeune plus sensible qu’il n’y paraît qu’un incident idiot a détruit intérieurement. Leurs destins sont peut-être liés ou pas, peu importe, ils ne sont que des morceaux épars d'une machine ayant perdu tout sens commun. Pas de chichi, pas d’excuse, ces héros sont en fait les deux faces d’une même pièce.

Pour camper ces psychologies finement ciselées, le scénariste a imaginé un savant découpage parallèle dans lequel l’action passe d’un protagoniste à l’autre sans avertissement. Ces récits s’enchâssent et se complètent sans coup férir ni aspérité. Cette fluidité est spécialement guidée par des dialogues secs et directs qui vont immanquablement à l’essentiel. Le temps est compté, ce n’est plus le moment des digressions oiseuses.

Deloupy illustre l’ensemble avec efficacité et, c’est là que le bât blesse légèrement, une certaine retenue. Non pas que son trait ne soit pas en place, loin de là. Par contre, un peu trop de douceur par rapport à la violence de certains propos, ça jure dans le décor ambiant. Ou est-ce une volonté de ne pas accabler les personnages ? Toujours est-il qu’un peu plus de hargne ou de tension dans la mise en scène n’auraient pas été de trop. Idem pour les couleurs, certes bien posées, mais sans réelle nuance ou poids tangibles sur la narration.

Roman noir contemporain que n’aurait pas dénigré un Donald Westlake ou, à la limite, un Jean-Patrick Manchette, Impact est carré et implacable comme il se doit. Il est également profondément humain et salvateur.

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