Chronique : Joe la Pirate (Glénat)

Il y a 5 jours 21

1908, Londres. Croyant dégoûter sa fille de jouer avec son tabac hors de prix en lui permettant de fumer, un père reste bouche bée lorsque cette dernière fait des jolis ronds de fumée avec un cigare. La petite Tuffi, dure à cuire, ne versera même pas une larme quand sa mère, furieuse, la giflera. Ainsi commence le récit de Joe Carstairs à son interlocuteur Wadley, sa poupée de chiffon fétiche.

Le duo de Monsieur désire ? est à nouveau réuni pour ce passionnant biopic sur une femme au destin hors norme.

Envoyée à treize ans chez ses grands-parents à New-York, loin de son frère et de sa sœur, -mauvaise influence-, elle atterrira ensuite dans un internat du Connecticut. Une punition ? Ils ne pouvaient pas mieux se tromper, non, la mini tornade peut enfin respirer et humer la liberté à pleins poumons ! Elle y fera des rencontres déterminantes et épanouissantes qui forgeront sa personnalité. Elle découvrira surtout que la proximité féminine lui sied à merveille. Un de ses beau-père lui fera découvrir la vitesse, oh, grisantes sensations ! Puis sa participation à la première guerre, l'éveil des sens auprès de Dolly Wilde... Mais chut, inutile de trop en dire sinon qu'elle aura vécu selon ses convictions, faisant fi des qu'en dira t-on et de la désapprobation ouverte de la majorité de son entourage. Grâce à un caractère bien trempé et une assurance folle, Marion Barbara s'est faite toute seule, à l'avant-garde dans de nombreux domaines.

Les faits ont été conservées mais le scénariste Hubert a aménagé leurs «déroulements précis» à sa guise et imaginé les dialogues en restant dans l'esprit du personnage. Il a découpé son récit en courts chapitres, ménageant ainsi le suspense. Le procédé de narration fait que le lecteur a l'impression d'être un confident de l'héroïne, au même titre que son étrange interlocuteur ; immersion garantie.

Virginie Augustin fait vivre cette histoire en noir et blanc, choix qui se marie très bien avec l'élégance du trait, donnant à l'ensemble une classe «so british», d'autant que sa maitrise du contraste est superbe. Le découpage classique met en valeur les décors soignés et détaillés, ainsi que les silhouettes déliées et les fins portraits.

Un très bel hommage à une femme épatante qui fait d'autant plus regretter la disparition de ce talentueux artiste qu'était Hubert.

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