Chronique : Jonathan -17- La Piste de Yeshe (Le Lombard)

Il y a 1 mois 56

P ourquoi partir si ce n’est pour revenir ? Jonathan s’enfonce une fois de plus dans le fin fond de l’Himalaya. La raison ? Un rendez-vous impossible à refuser avec une personne chère dans un coin du sommet du monde arpenté il y a quelques décennies. D’ailleurs, il y a un petit délai – ici le temps ne s’écoule pas de la même manière -, trois mois de plus ou de moins, est-ce que ça change grand-chose au final ?

1975, un débutant encore sous la férule de Derib, entame dans le Journal de Tintin la première histoire de Jonathan. De l’aventure certes, mais un peu différente, le ton est plus grave, marqué par l’annexion chinoise et par un mysticisme teinté de bouddhisme. Surprenant aussi, un texte introductif annonce que l’auteur connaît personnellement le héros, un ami d’adolescence parti vers l’Asie à l’image de beaucoup de routards à l’époque.

2020, le dix-septième tome des péripéties l’alter ego fantasmé de celui qui est devenu entre-temps un maître du Neuvième Art arrive sur les étals. La piste de Yéshé est le dernier épisode de la série emblématique de Cosey. Un peu de tristesse après tant de chemin parcouru ? Ça serait mal connaître l’homme derrière Le voyage en Italie. Même si l’émotion est palpable au fil des pages, c’est un véritable aboutissement narratif et philosophique plein de grâce que propose le scénariste.

En cinquante-deux planches de toute beauté – quels paysages ! quelles montagnes ! quel ciel ! -, un Jon condamné à attendre cette muse oubliée se reconnecte avec son passé, retrouve des réflexes qu’il pensait avoir perdus et réalise que lui seul possède les clefs de sa quête. Sur les pistes, au détour d’un col, il croise également quelques anciennes connaissances. Comme lui, celles-ci ont pareillement vieilli, l’intolérable mainmise chinoise sur le Tibet n’a rien aidé. Heureusement, la générosité et la bonne humeur restent des valeurs difficiles à éradiquer.

Clôturer une série, spécialement en bande dessinée, peut s’avérer particulièrement difficile, surtout après tant d’années de compagnonnage. Autant pour l’auteur que les lecteurs, c’est un moment étrange, un deuil presque. Contre tout attente, Cosey a réussi à transformer cette ultime étape en une célébration feutrée toute en intelligence et en délicatesse. Merci pour tout.

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