Chronique : L'affaire Markovic (Bamboo Édition)

Il y a 2 semaines 21

O ctobre 1968, Stevan Markovic, garde du corps d’Alain Delon, est trouvé mort. Petit délinquant, il fréquente le monde interlope et les soupçons se portent sur un mafieux corse, François Marconi. L’investigation prend toutefois une tout autre direction lorsque le journaliste Pierre Lefebvre apprend que l’homme de main du comédien organisait des parties fines auxquelles se serait jointe la femme de l'ex-premier ministre Georges Pompidou. Ce dernier vient d’être démissionné par Charles de Gaulle, mais continue de viser la présidence. Il défend bec et ongles la réputation de son épouse et, faisant fi de la tradition, annonce, bien des années à l’avance, son intention de diriger l’Hexagone.

Jean-Yves Le Naour dispose d’un sujet parfait : sexe, vedettariat, politique, mafia, mystère et conspiration. Les ingrédients sont là, encore faut-il les traduire en récit. Le spécialiste de l’histoire du XXe siècle (il a, entre autres, scénarisé la bande dessinée Charles de Gaulle) relève haut la main le défi, et c’est avec beaucoup de verve qu’il raconte le fait divers ayant ébranlé la Cinquième République.

Dans cet album en forme de reportage, l’auteur rappelle les événements et présente les points de vue des différents personnages. Il explore du reste la psychologie des protagonistes, dévoilant ainsi leurs motivations profondes.

Astuce scénaristique, le reporter, inventé de toutes pièces, guide le lecteur dans cette enquête complexe, teintée de mensonges et de manipulations. L’approche chronologique aide également le bédéphile à s’y retrouver aisément.

Il est difficile de mettre en scène un polar parisien des années 1960 sans penser à Jacques Tardi. Le dessin de Manu Cassier évoque d’ailleurs un peu, quoiqu’en plus réaliste, les illustrations de Nestor Burma. Bien que les acteurs de L’Affaire Markovic soient rapidement esquissés, les principales figures politiques et artistiques se reconnaissent facilement.

La collection Grand Angle cherche à transposer l’esprit du cinéma dans le neuvième art. L’artiste remplit sans mal cette portion du cahier des charges, notamment avec une colorisation en demi-teintes prêtant un air vieillot aux vignettes. La grande variété des plans dans ce projet reposant essentiellement sur les dialogues contribue aussi à donner à l’ensemble l’aspect d’une production cinématographique.

Un excellent docu-fiction ; le lecteur et l’électeur se demandent toujours qui a bien voulu mettre des bâtons dans les roues du politicien, lequel a malgré tout accédé aux plus hautes fonctions en mai 1969.

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