Chronique : La philosophe, le chien et le mariage (Paquet)

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I ssue d’une famille honorable de Maroneia, Hipparchia aime passer ses journées à lire et à s’instruire. Quand son père lui annonce qu’un fiancé potentiel l’attend à Athènes, elle prend le chemin de la fameuse cité. Sur place, elle retrouve son frère Metroclès qui étudie à l’école platonicienne. Alors que les tractations matrimoniales avec le beau et sportif Kallios suivent leur cours, la jeune fille fait la connaissance de Cratès, un philosophe sans-le-sou, dont le discours trouve un écho dans ses propres questionnements. Décidée à apprendre auprès de lui, elle ose enfreindre toutes les règles.

Figure méconnue de l’Antiquité grecque, Hipparchia (qui vécut entre 350 et 280 avant notre ère) était une penseuse dont le nom n’apparaît que dans de très rares sources de l’époque et qui avait surtout retenu l’attention par son choix de vie, à rebours de la bienséance demandée aux représentantes du beau sexe. Intriguée par cette oubliée, l’autrice néerlandaise, Barbara Stok, en dresse le portrait dans un pavé de presque trois-cents pages, paru en juin dernier chez Paquet.

Le titre de l’ouvrage, La philosophe, le chien et le mariage résume le cœur de l’intrigue et annonce que le cynisme, une école de pensée anticonformiste et prônant la liberté, est au cœur du propos. Ce dernier met également en avant la condition féminine durant cette période – particulièrement à Athènes, berceau de la démocratie, où ces dames étaient néanmoins considérées comme d’éternelles mineures. Les pourparlers précédent les noces prévues entre l’héroïne et Kallios se révèlent éloquents à cet égard. Il en est de même à travers les échanges de la future fiancée avec les femmes qui l’entourent. L’intrigue linéaire s’attarde sur les différentes étapes de la maturation d’Hipparchia. Prise en tenaille, cette dernière hésite entre le destin tout tracé qui lui est promis et un désir d’émancipation plus profond, ce qui rend son personnage plutôt crédible. Les autres protagonistes restent, pour leur part, moins développés, excepté Cratès. La composition graphique reflète l’esprit du livre. En effet, les planches, aérées, se caractérisent par un dessin de style naïf qui va à l’essentiel. Cet aspect d’épouillé se retrouve dans les couleurs posées en aplats sobres. L’ensemble paraît donc un peu statique, mais laisse, en contrepartie, toute la place aux dialogues. Quelques références savoureuses (au Banquet de Platon, par exemple), ainsi qu'une postface et des précisions en fin d'album viennent compléter le tout.

Malgré un graphisme peu séduisant, La philosophe, le chien et le mariage s’avère digne d’intérêt et se lit aisément. À découvrir pour avoir une idée de ce courant de pensée qui trouve un écho encore aujourd’hui.

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