Chronique : Les frères Rubinstein -4- Les fils de Sion (Delcourt)

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I l existe deux grandes catégories de reconstitutions historiques. Certaines s'attachent à raconter les grands événements et mettre en scène ceux qui la font. D'autres préfèrent s'insinuer dans les interstices de l'Histoire pour se concentrer sur des anonymes qui la subissent plus qu'ils ne la façonnent.

Les Frères Rubinstein s'inscrit clairement dans cette seconde tendance. Moshé et Salomon tentent de tirer leur épingle du jeu dans un monde troublé, dans lequel ils partent avec les pires cartes possibles. Juifs et pauvres, ils se retrouvent confrontés à l'antisémitisme décomplexé et doivent se battre plus que les autres pour espérer s'en sortir. Mais être des sans-grades n'interdit pas de rêver. La route est semée d'embuches. Cela ne les arrête pas.

Au début de ce quatrième tome, la roue semble enfin tourner. La première du film Une enfance volée est un triomphe. Inspiré des années d'enfer vécues par l'aîné de la fratrie dans les bagnes agricoles français, le long-métrage est promis à un grand succès. Il devient malheureusement un enjeu politique qui dépasse celui que se fait désormais appeler Sal Rubin. Il est contraint par son producteur d'entamer une tournée promotionnelle en France, où il reste recherché. Il est vite confronté aux ombres de son passé. Quant au cadet, il a pu entrer à Harvard et découvre la cause sioniste. Il reste bien naïf sur les petits arrangements qui lui ont permis d'intégrer la prestigieuse institution. Il ne tarde pas à être ramené à la réalité, de la plus brutale des manières.

En parallèle, les auteurs continuent de suivre, quelques années plus tard, le calvaire de ce dernier dans le camp d'extermination de Sobibor, alors que la défaite se profile pour le Reich.

Fiction d'inspiration personnelle portée par Luc Brunschwig, cette fresque annoncée en neuf tomes confirme les promesses posées dès le premier tome. Bande dessinée populaire au sens le plus noble du terme, elle se distingue par le grand soin accordé aux personnages, particulièrement attachants malgré, ou grâce, à leurs défauts et leurs faiblesses. Le mélange de la grande et la petite histoire est très équilibré et les transitions entre les époques sont toujours bien négociées. Lorsqu'un scénario aussi maîtrisé et réussi est servi par l'excellent Etienne le Roux et la mise en couleur toute en nuances d'Elvire De Cock, il ne reste pas grand-chose à ajouter, si ce n'est qu'il s'agit d'une des meilleures séries de ces dernières années.

Par T. Cauvin

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