Chronique : Les futurs de Liu Cixin -4- Nourrir l'humanité (Delcourt)

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M .Tang est un tueur, le meilleur ! Lorsque les treize plus grandes fortunes mondiales lui demandent d’exécuter trois personnes au profil des plus insignifiants, M. Tang ne pose pas de questions : c’est une règle d’or ! Les interrogations viendront après, au fur et à mesure qu’il retrouve et élimine ses cibles. Pour ce qui est des réponses, elles arriveront peut-être plus tard, de ces vaisseaux extraterrestres qui depuis quelques temps déjà surveillent la Terre dans l’attente de sa future colonisation…

Lauréat, de nombreux concours dont le prix Hugo en 2015 avec Le Problème à trois corps, Liu Cixin est considéré comme l'écrivain chinois de science-fiction le plus prolifique et le plus populaire de sa génération. Inéluctablement, l’adaptation de l’une de ces nouvelles en bande-dessinée devait avoir lieu, mais de là à créer une série regroupant quinze titres de l’ancien ingénieur en hydroélectricité, il y a un pas que les éditions Delcourt ont franchi. Avec Les futurs de Liu Cixin, la maison de la rue Léon Jouhaux propose autant de one-shot, avec à chaque fois un duo d’auteurs différents. Après Terre Vagabonde, Pour qui respire le désert, et Les Trois Lois du monde, voici que paraît en ce début juin Nourrir l’humanité

Liu Cixin ne se cantonne pas à une seule thématique et ose s’aventurer, notamment dans son recueil de nouvelles L’équateur d’Einstein, sur plusieurs thèmes et styles en prenant pour prétexte une découverte technique ou un fait sociologique. Ce faisant, il les projette dans un futur, pas forcément lointain, selon une sensibilité parfois politisée, mais qui remet toujours l’humain (pour ne pas dire l’Humanité) au centre de son propos. Sur cet album, pas d’envolées technologiques si ce n’est l’intrusion de visiteurs pas si extraterrestres que cela ; simplement une digression sur l’ultra-libéralisme et sur la mise en place d’un minimum d’allocation planétaire qui en fera (probablement) rêver plus d’un. Comme nombre de ses publications, le postulat de départ qui soutient le scénario atteint, malgré la culture scientifique de son auteur, rapidement les limites de la crédibilité. Toutefois, Sylvain Runberg arrive à gérer l’écueil et à donner un semblant de cohérence à cette fable moderne d’une société qui succombe, sans retenue, aux joies d’un capitalisme mondialisé, pour devoir ensuite en reconsidérer la répartition de ses richesses. S’agissant de l’aspect graphique de ce quatrième volet, Miki Montllò livre une partition très lisible qui sait parfaitement individualiser les deux récits menés en parallèle malgré une mise en couleur des plus discutables.

Nourrir l’humanité apporte sa pièce à cette collection chorale sans démériter, mais sans vraiment la marquer non plus, alors qu’il y avait vraisemblablement une occasion d’aborder les choses sous un angle, moins convenu, plus machiavélique et moins moralisateur… au risque de trahir quelque peu l’auteur !

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