Chronique : Les reines de sang - Catherine Sforza, la lionne de Lombardie -1- Volume 1 (Delcourt)

Il y a 4 semaines 49

A u XVe siècle, Venise, Florence, Gênes, Milan et Rome sous la houlette pontificale alternent les alliances pour influer sur les destinées de la péninsule italienne. Ce Jeu des Cinq, Catherine, bâtarde du duc milanais, en a appris les règles auprès de son oncle et mentor, Ludovico Sforza. L’assassinat de son père, pendant l’hiver 1476, la précipite brusquement sur l’échiquier où son mariage avec le neveu du Pape la conduit à un point stratégique des plus délicats. Désormais châtelaine de Forli et d’Imola, aux limites du territoire du rival florentin, elle doit composer avec les intérêts divergents des antagonistes. Mais sa détermination et son sens politique suffiront-ils à la sauver des complots qui se trament en coulisse ?

Appelée poétiquement « la dame aux jasmins », Catherine Sforza (1463-1509) devient la « lionne de Lombardie » sous la plume de Jean-Pierre Pécau. Déjà auteur de deux portraits de femmes fortes qui ont trouvé leur place dans la collection Les reines de sang (en l’occurrence Constance d’Antioche et Njinga), ce dernier s’attache à retracer les grandes étapes de celle qui se targuait de tenir tête aux Borgia en défendant âprement sa petite principauté.

Après une longue introduction bien contextualisée, le scénariste s’emploie à suivre les pas de son héroïne et à brosser un tableau de l’épineuse situation politique dans l’Italie du Quattrocento. Entre tentatives de meurtre, échauffourées, trahisons et tractations entre puissances opposées, l’action ne manque pas, bien au contraire, et la principale protagoniste semble y nager à son aise. De Milan à Imola, en passant par Rome, la belle princesse s’impose par sa volonté et sa rapidité à prendre les choses en main. Il est d’ailleurs intéressant de constater combien son époux apparaît pusillanime, pour mieux souligner l’habileté de Catherine et grandir ses choix. À cet égard, l’épisode de la résistance du Château Saint-Ange est éloquent. Cependant, si le sujet est maîtrisé, l’articulation des différentes phases narratives pèche par défaut de repères temporels suffisamment explicites dans le texte.

Le dessin de Gabriele Parma, rehaussé par les couleurs de Dimitri Fogolin, se révèle globalement plaisant, notamment en ce qui concerne les paysages et les vues panoramiques bien réussis. En revanche, les plans rapprochés sur les visages s’avèrent un peu moins convaincants malgré leur expressivité. Le découpage et les cadrages maîtrisés assurent une bonne dynamique et certaines planches valent la peine de s’y attarder.

En dépit de quelques bémols, ce premier tome de Catherine Sforza, la lionne de Lombardie parvient à retenir l'attention et donne une assez bonne idée de ce que fut l'existence d'une des figures féminines les plus en vue de l'Italie à la Renaissance.

Lire la Suite de l'Article