Chronique : Love Kills (Soleil Productions)

Il y a 2 semaines 33

M arcus ne le sait pas encore, mais cette jeune fille qui répond au nom d'Helena est une mauvaise fréquentation pour quiconque l'approche. Pourquoi sa baignoire est-elle remplie de terre végétale et comment se fait-il qu'elle ait des ongles aussi longs ? Plus effrayant, il semblerait que des êtres abjects et sanguinaires veulent lui faire la peau. Cependant, et malgré les dangers, le cuistot brésilien qui s'obstine à vouloir lui apporter son aide, va apprendre à ses dépens qui se cache véritablement derrière ce joli minois.

Sachez-le, Danilo Beyruth est un célèbre scénariste et illustrateur brésilien. Samurai Shirô, Ghost Rider mais également Les Gardiens de la Galaxie sont des ouvrages phares qui reflètent l'étendue de son talent. Ce sont les Éditions Soleil Productions qui lui offrent la possibilité de s'exprimer pour la première fois de ce côté ci de l'Atlantique. Chose faite en revisitant le mythe du vampirisme, une entité et un phénomène aussi fascinants que répugnants, mais qui sans aucun doute, ne peut laisser personne indifférent. D'emblée le lecteur fait face à un récit prenant qui se contente de délivrer au compte-gouttes ses éléments de réponse, laissant jusqu'au bout l'imagination effectuer un travail d'interprétation et de compréhension, y compris après avoir refermé le livre. Si quelques questions subsistent et tracassent, en revanche, des évidences sautent à la gorge : l'amour et, indissociablement, la haine, sont au cœur de cette fantasy urbaine dans laquelle l'épouvante et l'horreur atteignent leur apogée.

Nerveux voire énergique, le trait est précis, travaillé et percutant. Par l'intermédiaire de somptueux décors citadins qui donnent le tournis, Danilo Beyruth prouve que le noir et le blanc et leurs nombreuses déclinaisons sont des couleurs à part entière, faisant le choix de donner à ses planches une priorité absolue au graphique, et ce, au détriment du texte et des échanges. De prime abord, une lecture rapide pourrait facilement venir à bout de l'épaisse pagination. Mais il n'en n'est rien. Bien calé dans des cases aux multiples et différentes proportions, son dessin, d'une qualité exceptionnelle, mérite amplement une longue et minutieuse attention.

Violent et noir dans tous ses compartiments, Love Kills ne conviendra, en principe, qu'aux véritables « mordus » de la Bit-lit.

Par D. Roy

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