Chronique : Ludwig et Beethoven (Dargaud)

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D ans les frimas de 1778 à Bonn, une fratrie se défoule dans la neige, s'amusant à refaire le monde. Portées par la brise, des insultes parviennent soudainement à leurs oreilles. Quelques garnements vont s'en prendre à l'aîné, se moquant de ses besoins irrépressibles de soulagement digestif. Après une sévère correction, l'enfant ne trouvera du soulagement qu'en exprimant et expulsant sa colère via son piano car "la musique amasse la saleté du monde et l'emporte loin."

Seul aux commandes depuis Apprendre à tomber, Mikaël Ross imagine la genèse du maestro ou, comment un petit Ludwig devint le grand Beethoven. Il expose les faits réels et les habille de fiction pour les rendre vivants et attrayants. Ces événements précis et détaillés constituent la base de sa trame narrative et sont narrés sur un ton nourri d'humour et de vivacité, à l'instar de la virtuosité du compositeur. L'enfance difficile égayée par la présence des deux frères espiègles, la rencontre furtive avec Mozart, l'apprentissage auprès d'Haydn, la pression d'un père perclus de vices, les maux de ventre terribles, les premiers émois... toutes ces occurrences sont abordées, jusqu'à la terrible perte de l’ouïe du jeune homme, âgé alors de vingt-huit ans. Le portrait de l'artiste est très bien restitué : passionné, emporté et torturé, le génie précoce se révèle très vite attachant.

Sous les crayons fiévreux virevoltent les personnages, disposés dans des décors d'époque soignés. Par son trait fougueux et tremblotant, la transposition des moments abstraits tels que les mélodies virtuoses et leurs envolées intenses, les débâcles intestinales intempestives, prennent une densité et une force incroyables. Le dessin se libère et prend alors son envol, hors des cases et se pare de couleurs vives, ultra expressives. Les acteurs sont croqués de façon caricaturale, pour mieux accentuer leur expressivité.

Outre le remarquable travail de recherche et de vulgarisation de la biographie du pianiste allemand, Mikaël Ross appose en vignettes de façon brillante les débuts d'une destinée qui a marquée assurément la musique. À lire et surtout, à garder dans sa bibliothèque !

Par L. Moeneclaey

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