Chronique : Marshal Bass -6- Los Lobos (Delcourt)

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A rizona 1877. River Bass est à la recherche de sa femme, Bathsheba, qui l’a quitté pour un riche éleveur. De son côté, le chasseur de primes Turtle escorte El Profesor vers les 25$ que lui rapportera sa capture. Le prisonnier est libéré par sa bande, Los Lobos, agrégat anarcho-communiste de parias déglingués, dont le chef, Joaquin, ne connait ni morale ni pitié. Ce dernier dirige alors son équipe vers La Paloma, l’exploitation de son frère, Don Vega, avec lequel Bathsheba Bass a refait sa vie. L’intrusion et la prise de possession des biens et des personnes est particulièrement violente et rapide. Alors que la situation semble posée et la victoire consommée, plusieurs grains de sable vont s’immiscer dans l’engrenage.

Los Lobos est le sixième tome de Marshal Bass. Le tandem de créateurs est inchangé depuis 2017 : Darko Macan (La Bête noire, Star Wars) au scénario et Igor Kordey (L’Histoire secrète, X-Men) au dessin. La série s’est imposée comme une réussite dans le Western, objet d’un renouveau et d’un regain d’intérêt depuis quelques années. Tout en restant fidèles aux codes requis, les auteurs cherchent à innover, à commencer par l’élaboration du personnage principal : River Bass est un esclave affranchi ; il a été soldat, vagabond et fermier, avant de devenir le premier shérif afro-américain. Les problématiques raciales et les difficiles rapports à la loi s’en trouvent épaissis.

Los Lobos se déroule dans le huis-clos de l’hacienda de Don Vega, une gageure pour un genre qui emprunte sa topographie aux grands espaces, souvent arides et hostiles. L’adhésion repose, d’une part, dans une exposition on ne peut plus classiquement manichéenne (de cruels mâles hors-la-loi contre des femmes et des enfants) et, d’autre part, l’indignation, la rage et le soulèvement des victimes, pas si vulnérables que cela. Le récit est soigneusement ficelé, les protagonistes sont bien construits et le graphisme réaliste de Kordey contribue pleinement à l’immersion. Le contrasté Joaquin, révolutionnaire fatigué, qui aime tant enterrer ses adversaires jusqu’au cou, parvient sans mal à se faire détester mais ne relève pas pour autant de la caricature.

En résumé, cet épisode, sans bouleverser l'esprit de la saga ni bousculer le style, propose une intrigue solide, sa dose de sang répandu et de nobles sentiments, de crapules innommables et d’individus abimés par la vie. Il met en lumière ceux qui sont en général maintenus dans l’ombre, ce qui constitue en soi une qualité. Celles et ceux qui ont aimé les cinq albums précédents peuvent se ruer sans hésiter sur cette nouvelle aventure de Marshal Bass.

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