Chronique : Nuit couleur larme (Dargaud)

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V ingt-deux heures. Après avoir légèrement poussé dehors sa dernière cliente, Teresa peut enfin se rendre dans la forêt afin de tester une petite incantation. Cette libraire passionnée d'occultisme ne ménage pas ses efforts : cape, chapeau, épée, bougies et vieux grimoire ; le tout, dans une ambiance au clair de lune. Quelle n'est pas sa surprise quand apparaît une démone aux allures de jeune fille tout à fait normale, mais avec un sacré caractère… Le temps d'un souhait, ce duo va apprendre à se connaitre.

Borja González (The Black Holes) propose une sorte de conte de fée moderne, mâtiné de gothique. Il est difficile de résumer l'intrigue car les liens entre les différents éléments restent opaques. Une enquête sur des disparitions mystérieuses secoue une petite ville et seule une émission de radio semble s'en préoccuper. En parallèle, trois personnages féminins interagissent les uns avec les autres, en proies aux tourments existentiels propres à cet âge. Leurs personnalités décalées charment et leur réparties font mouche mais... que se passe t-il finalement ? La question reste ouverte car le dénouement laisse totalement perplexe : des scènes muettes se succèdent ; cependant, il manque des indices de compréhension pour appréhender l'histoire dans son ensemble et finalement, le but de l'ouvrage.

Le style graphique peut surprendre : avec des visages dépourvus de traits, l'artiste laisse travailler l'imagination. Outre cette particularité marquante, il est adepte des plans fixes. Ce procédé narratif fonctionne bien ici, instaurant une sorte de faux rythme intriguant. De grands aplats de couleurs à dominante bleue installent habilement l'atmosphère fantastique et mystérieuse. Très épuré et assez économe en détails, le résultat se révèle surprenant mais le charme opère rapidement.

Frustrant, c'est le mot qui vient à l'esprit à la fin de la lecture de Nuit couleur larme. En cause ? Des héroïnes sympathiques et un scénario original qui intéresse jusqu'à quelques pages de la fin, malheureusement totalement obscure. Dommage, car le rendu visuel est relativement séduisant.

Par L. Moeneclaey

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