Chronique : Ô Verlaine ! (Steinkis)

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S eptembre 1895, le Reliquaire est en vitrine mais son créateur, ils sont nombreux à vouloir le voir sur l'échafaud. « À cheval donné, on ne regarde pas la bouche ». Les vers du poète rapportent car ils transportent l'esprit et le cœur des liseurs. Quant à l'homme, il est buveur, baiseur et noceur, mais surtout génie des mots accablé de maux en ses derniers jours. Un jeune garçon veut à tout prix le rencontrer depuis sa lecture des Vers saturniens et Jadis et naguère. Cet ange gardien ne le quittera plus, jusqu'à la fin.

Les humains s'inspirent et inspirent. Verlaine se voit mis ici en prose et images par Philippe Thirault. Ce scénariste a précédemment révélé un pan du destin du non moins célèbre compère, Rimbaud. En s'appuyant sur le roman d'origine de Jean Teulé, il s'assure d'une narration impeccable. Se basant sur des faits réels, cette biographie se réinvente avec une bonne dose de réalisme et d'ironie. Dans cette mise en scène des derniers mois d'existence de l'artiste maudit, des détracteurs se frottent à des admirateurs, des profiteurs détroussent, des amis défendent. En fil conducteur, un gamin des rues et des rencontres d'admirateurs fantasques, hauts-en-couleurs, comme autant de perles d'ornement, que d'émotions suscitées par l'artiste ! Tour à tour détestable et admirable, émouvant et irritant, la complexité et la dualité de son caractère entier s'expose dans cet ouvrage truculent et profond. Finalement un être comme les autres, très humain, proche du lecteur qui s'attache progressivement à lui, malgré/grâce à son tempérament difficile.

Olivier Deloye préfère la liberté des cases affranchies de contours et, comme dans sa série jeunesse Oliver Twist, laisse s'exprimer un dessin caricatural à la Sfar au trait fin et enlevé, dégageant une vraie personnalité. Un graphisme qui transporte dans un Paris de l’époque finement restitué avec des couleurs denses, mises en valeur par le tour blanc lumineux. Tortueux, tremblotant et expressif, comme son sujet.

Raconter Verlaine de l'extérieur lui confère un noble pathétisme. Lisez cette incarnation passionnante et passionnée.

Par L. Moeneclaey

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