Chronique : Onibi - Carnets du Japon invisible (Editions Issekinicho)

Il y a 5 jours 18

D eux Français retournent au Japon, un coin du monde qu’ils adorent. Ils baragouinent la langue et y ont même des amis. Bref, ils sont en pays de connaissance, ce qui ne les empêchent pas de se faire avoir et d’acheter un appareil-photo censé capter les images des spectres. Comme les lentilles ont été polies par des moines, c’est forcément vrai. Dès lors, leur périple prend une nouvelle tournure alors qu’ils partent à la chasse aux tanukis, yôkais et autres buruburus.

Dans cette bande dessinée, les deux membres de l’Atelier Sentō, Cécile Brun et Olivier Pichard, posent un regard attendri sur eux-mêmes. À la recherche de l’invisible, les jeunes touristes, naïfs, arpentent les lieux mystiques de l’ouest de l’archipel, loin des grandes villes. Chacun des huit chapitres correspond à un endroit, à l’être surnaturel qui l’habite et à une photo. Avec ce conte fantaisiste, le tandem aborde de façon originale le récit de voyage, tout en méditant sur la prétention du routard convaincu d’avoir tout compris, particulièrement ce qui est imperceptible à l’œil du premier globe-trotter venu.

Le traitement graphique des personnages apparaît singulier. Alors que les protagonistes sont rapidement esquissés, les personnes qu’ils croisent ont souvent beaucoup plus de caractère ; un peu comme si les acteurs principaux étaient moins importants que leurs rencontres et leurs découvertes. L’artiste apporte également beaucoup de soin à ses dessins de paysages, de rues et, étrangement, à la nourriture qui se révèle omniprésente.

D’abord publié en 2016, Onibi, Carnets du Japon invisible a remporté un trophée d’argent remis dans le cadre des Prix internationaux du manga. La réédition se montre pratiquement identique (avec des fantômes phosphorescents au premier plat), à cette différence que la couverture est souple et le prix réduit.

Une douce réflexion sur le tourisme.

Par J. Milette

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