Chronique : Ratures indélébiles (Jungle)

Il y a 1 mois 55

E n ce jour de rentrée, Juliette est quand même soulagée. Même si elle n'est pas avec toutes ses camarades, elle se retrouve dans la classe de Mathilde, sa meilleure et plus ancienne amie. Malheureusement, très rapidement, les aspirations du duo s'écartent. Tandis que Mathilde commence à regarder les garçons et lorgne vers les autres groupes d'élèves en espérant plus de popularité, Juliette, elle, préfèrerait que rien ne change. Et pourtant...

En s'inspirant de ce qu'elle a pu observer lorsqu'elle était enseignante, Aurelle Gaillard s'intéresse aux mécanismes du harcèlement scolaire. Comment, alors que ni les parents ni les profs ni aucun autre adulte qui les côtoient (il manque quelque chose dans ce segment), des adolescents comme les autres peuvent se retrouver isolés, moqués et en proie à un tel acharnement ? Avec Ratures indélébiles, la scénariste pointe un phénomène qui s'est vu amplifié par l'avènement des réseaux sociaux. Tous les mécanismes de ce fléau sont ici décrits ; l'éloignement - plus ou moins conscient - des copines, le repli sur soi, le refus d'impliquer les adultes, l'effet de meute. Tout cela - et bien pire - ne sera pas épargné à Juliette qui n'a pourtant rien de la jeune fille instable ou fragile mais qui se voit plongée dans une spirale incontrôlable.

La lente progression de ces comportements qui, accumulés, ressemblent à un piège inextricable et l'absence de réaction de l'entourage sont très justement retranscrites. Avec beaucoup de pudeur, les autrices exposent les moqueries et les pressions que leur personnage principal subit. La mise en scène des moments de doute, de peur ou de résignation leur donne une réelle gravité et permet de ressentir les émotions qui traversent l'adolescente. D'ailleurs, le travail de Camille K. (Autobiographie d'une courgette, Les enfants trinquent), hormis un choix de couleurs discutable nuisant par moments à la fluidité, s'avère de bonne facture. La dessinatrice trouve le bon dosage entre trait caricatural, expressivité et sobriété pour accompagner le propos tout au long des quasiment deux cents planches.

Camille K. et Aurelle Gaillard s'emparent avec intelligence d'un sujet important. Malgré quelques légers défauts, leur histoire met en lumière un phénomène inquiétant, d'autant plus lorsqu'il frappe des jeunes en construction. Une lecture qui aidera les adolescents tout autant que les parents confrontés, de près ou de loin, au harcèlement scolaire.

Par M. Moubariki

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