Chronique : Satchmo (Jungle)

Il y a 1 mois 54

E n descendant du toit du club dans lequel le grand King Joe et son band jouent, Satchmo va, comme à son habitude, discuter avec son idole. Mais ce soir n'est pas un soir comme les autres. Le trompettiste offre son premier « cornet » au gamin, qui n'en croit pas ses yeux et court l'annoncer à ses amis. Avec ça c'est sûr, ils vont en mettre pleins les oreilles au public lors de leurs spectacles dans les rues de la Nouvelle-Orléans. Et peut-être qu'avec un peu de chance, il se fera remarquer et gagnera assez pour offrir à sa mère la vie qu'elle mérite...

Difficile de ne pas penser à Louis Armstrong en découvrant l'album de Léo Heitz. Même époque, même ville, la trompette, King Joe (Oliver) et une vie rude entre le jazz et la rue. D'ailleurs, l'auteur l'admet bien volontiers, même s'il a imaginé son histoire avant de connaître la vie de l'immense musicien, il a pioché des détails de sa biographie pour enrichir son récit et bien lui en a pris.

En plus d'opter pour un anthropomorphisme (qui fait penser à un mélange entre Jano et Edmond-François Calvo ou rappelle les débuts de Walt Disney) qui donne une réelle force à ses bas fonds aux ambiances pauvres et poisseuses, l'artiste choisit une bichromie qui accentue encore l'impression d'impasse. Cette contradiction entre le fond et la forme est seulement relevée par des touches de rouge, lorsque le sang coule... Car le jeune Satchmo, même s'il est guidé par l'amour qu'il porte à sa mère, va devoir s'accrocher à la musique et au jazz en particulier pour s'extirper de son quotidien violent.

En même temps qu'il découvre les dessous de l'industrie du disque avec le racisme dont les Afro-Américains sont victimes, le lectorat plonge dans ces soirées embuées où les filles n'osent pas quitter leur souteneur, la police est peu regardantes et dans laquelle la mafia italienne commence à émerger. Avec beaucoup de savoir-faire, Léo Heitz alterne les séquences nerveuses et les réflexions intimistes de son héros. Ces respirations, aussi bien que le trait rond et dynamique de l'artiste, donnent un vrai rythme aux cent-soixante-seize planches. Celles-ci se lisent d’ailleurs avec fluidité - même si certaines séquences sont moins lisibles - jusqu'au dénouement, tragique, évidemment.

Avec Satchmo, Léo Heitz réussit son entrée dans le neuvième art. Même s'il possède quelques (légers) défauts de jeunesse, ce premier album attirera l'attention bien au-delà des amateurs de jazz ou des souris.

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Par M. Moubariki

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