Chronique : Tout est vrai (Ici Même Éditions)

Il y a 5 jours 18

I l y a deux ans, Giacomo Nanni surprenait avec Acte de Dieu, un livre inattendu et poétique qui relatait le tremblement de terre qui ravagea les Appenins à travers un étonnant cortège de point de vue surprenants: un fusil, un faon ou encore un nœud sismique. Dans Tout est vrai, il reprend le même procédé narratif, mais en l'ancrant plus profondément dans le réel.

Il appuie sa narration sur une anecdote ramenée du tournage des Oiseaux d'Alfred Hitchcock. L'une des corneilles dressées pour les besoins du film se mit à harceler Rod Taylor, l'acteur principal, sans raison particulière. Ces animaux sont en fait beaucoup plus intelligents que les humains ne le pensent. Ils sont doués d'émotions complexes et de mémoire. Leur capacité d'apprentissage surpasse celle des chiens. Ils sont donc des témoins discrets mais privilégiés de tous les petits et grands événements qui se déroulent dans nos villes.

A travers les yeux d'un des volatiles, le lecteur découvre le parc des Buttes-Chaumont sous une perspective des plus particulières, avec sa faune locale typique : des joggeurs, une petite fille qui a peur de cette bête noire qui semble l'attendre et la suivre tous les jours ou encore un policier déchiré entre sa volonté de s'intégrer et sa réticence à cautionner les dérives de ses collègues.

Pour qui a lu son précédent opus, ce nouveau livre semblera très familier. L'auteur italien reste fidèle à la même approche graphique basée sur une utilisation des trois couleurs primaires associées dans un jeu de trames pointillistes sur lesquelles les Homo Sapiens sont réduits à des ombres chinoises denses et opaques. Adoptant le point de vue de son narrateur, il alterne vues du ciel et ras du sol, ce qui apporte une sensibilité inédite à son travail.

Quant au propos, il ne faut pas y chercher une narration classique, ni une quelconque forme d'empathie. Alternant les observations forcément déstabilisantes d'un volatile incapable de saisir les mécanismes de la psyché humaine et des passages "documentaires" aussi séduisants qu'une notice Wikipedia, il évoque diverses brutalités, présentées de manière presque analytique, jusqu'à culminer par ce qui constituera un traumatisme collectif, un matin de janvier 2015...

Tout est vrai se révèle étrange et déstabilisant. Son titre lui-même interroge. Qu'est-ce qui se dissimule derrière cette affirmation péremptoire ? Que représente ce "tout" ? Est-ce l'ensemble des voix entendues au fil des pages ? Partant du postulat que les informations délivrées au fil des pages sont vraies, le lecteur doit admettre qu'il s'agit effectivement d'une forme de vérité. Mais en aucun cas il ne peut s'agir de la seule et unique parce qu'elle résulte d'une observation subjective.

Le principal défaut ce cet ouvrage est de venir après Acte de Dieu. Le procédé ne surprend plus et la volonté d'interroger les racines de la brutalité en s'appuyant sur des angles inattendus ne fonctionne que partiellement. L'expérience graphique et narrative reste fascinante, mais la "morale" paraît nébuleuse, à moins que le but ne soit d'en démontrer l'absence. Dans ce cas, la réflexion n'est pas à la hauteur de la performance artistique.

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