Chronique : Une romance anglaise (Dupuis)

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S tephen Thomas Ward sait se faire des amis, enfin le croit-il ! Ostéopathe réputé, portraitiste talentueux et joueur de bridge honorable, il évolue avec aisance et désinvolture dans la bonne société anglaise des 60’s. Sa vie aurait pu devenir un long fleuve docile s’il n’avait croisé la route de Christine Keeler et voulu jouer les Pygmalion comme les apprentis espions !

La réalité dépasse souvent la fiction lorsqu’il est question de politique et de sexe ! Quand le vrai et le faux se côtoient avec une telle promiscuité qu’il devient quasiment impossible de les discerner l’un de l’autre, ils se révèlent alors un formidable terrain de jeu pour quelqu’un comme Jean-Luc Fromental. D’un point de vue narratif, Une romance anglaise prend la forme d’une confession enregistrée la veille d’un verdict aux allures de lynchage. Ce procédé permet, en un long flashback, d’appréhender le mauvais concours de circonstances qui jeta Stephen Ward au milieu de l’un des scandales politiques les plus retentissants du Royaume-Uni des années soixante. Sans devoir forcer le trait, dans la lignée des polars noirs de la meilleure époque, le scénariste du Coup de Prague n’a eu qu’à suivre le fil d’évènements déjà largement commentés et, en jouant sur les registres de l’ironie ou de la désillusion, à les réécrire afin de les mettre différemment en lumière. Sur un tel scénario, le travail dans l’univers des Réalistes américains de Miles Hymans trouve ici une forme de continuité graphique somme toute logique. Dans un style sophistiqué désormais reconnaissable entre mille qui mélange la rigidité masculine à la sensualité féminine, il donne une dimension quasi cinématographique (en cela la couverture vaut affiche) à une histoire faite pour lui.

Album immersif et parfaitement maîtrisé, Romance anglaise se révèle être un véritable régal et pas seulement pour les amateurs du genre.

Par S. Salin

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