Chronique : Valérian par... -3- Là où naissent les histoires (Dargaud)

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L es Delphes, espèce auto-engendrée, doit sa préservation et sa capacité à inventer des histoires à des nodules métalloïdes. Mais leurs réserves s’épuisent et la menace de l’extinction approche. Un gisement vient d’être découvert sur Terre. Une expédition est montée. Présentée sous des atours humanitaires, elle trouve des partenaires. Via le Colonel Tlocq, Na-Zultra et son Schniarfeur de Bromm qui entrent en scène. L’ambitieuse, énervée et dictatoriale Mrs Richbaugh, et son homme à tout faire (vraiment tout), qui ne vit que pour le surf, se met aussi sur les rangs. Le Service Spatio-Temporel veille et active son atypique équipe terrienne du XXIème siècle : Laureline et Valérian, tous deux collégiens, et leur tuteur, M. Albert. La société de production Shimbakino, sise sur Shimballill, centre de l’industrie du divertissement cosmique, manque de talents pour ses sitcoms sentimentaux et les habitants de Galaxicity, qui ne sont plus abreuvés de leur soupe télévisuelle quotidienne, sombrent dans la déprime et font remonter le taux de fréquentation des psylabs. C’est dans une partie pittoresque et reculée du Caucase que la partie va se jouer.

La disparition, en janvier 2022, de Jean-Claude Mézières, créateur avec Pierre Christin de Valérian et Laureline en 1967 dans Pilote, aurait pu sonner le glas de la série. Mais c’était compter sans la volonté du scénariste d’aller au bout du projet que son compère avait commencé à travailler avec Virginie Augustin (Alim le Tanneur, 40 éléphants). Là où naissent les histoires ne s’inscrit pas dans le cadre de la saga mère mais dans la collection Valérian vu par … dont il constitue le troisième volume. Le récit reprend la situation des deux héros là où ils en étaient restés à la fin de L’Ouvre-Temps. Ce sont donc deux adolescents, dont la mémoire a été effacée, qui interviennent. Le ton et le rythme de l’album s’en trouvent ainsi modifiés. L’intelligence et la détermination de Laureline y sont soulignées ; Valérian laisse apparaître ses connaissances scientifiques et quelques maladresses. Na-Zultra constitue une véritable méchante et Mrs Richbaugh un personnage sans morale. Il est d’ailleurs à noter que cet album, qui lance, au détour de plusieurs situations, le débat sur les relations hommes / femmes, met en scène deux harpies.

Le travail de la dessinatrice est impressionnant de mimétisme avec les canons de Jean-Claude Mézières, même si certaines planches laissent apparaître trop de vide et que son trait aurait pu se charger davantage. Les cases du Grand Rien sont particulièrement réussies alors que les scènes caucasiennes sont trop dépouillées. Alors, même si Là où naissent les histoires manque parfois d’action et d’humour, il demeure un prolongement honorable d’aventures qui auront marqué fortement la bande dessinée de science-fiction.

Par F.Houriez

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