Depuis le décès d’Uderzo, qui s’occupe des aventures d’Astérix ?

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Obélix et Astérix à la recherche du Griffon dans les neiges de l'Europe de l'Est (Editions Albert-René).

Uderzo, même s’il ne dessinait plus les albums depuis Astérix chez les Pictes en 2011, gardait un oeil avisé sur les productions qui ont suivi. Avec Astérix et le Griffon, cinq albums auront été créés par les successeurs, le dessinateur Didier Conrad et le scénariste Jean-Yves Ferri. Mais pour la première fois depuis cette reprise, Albert Uderzo disparu le 24 mars 2020, ne sera plus là pour en être l’ultime correcteur. Le pouvoir a changé de mains. Et l’enjeu est de taille. Astérix avec ses BD, son parc et ses déclinaisons au cinéma comme à la télévision est une entreprise connaissant un succès qui ne faiblit pas. 

Uderzo était fatigué par sa longue carrière de dessinateur puis de scénariste après le décès de Goscinny. Il voulait passer la main depuis quelques années. Un dessinateur de l’ombre, Frédéric Mébarki, qui encrait déjà les albums, avait été choisi par le maître pour lui succéder. Il s’occupait aussi des visuels des produits dérivés. Frédéric Mébarki a même réalisé quelques planches de l’album anniversaire des 50 ans d’Astérix. L’ampleur de la tâche et le passage de l’illustration à la BD semble avoir pesé trop lourd sur la main et le psychisme du dessinateur. Frédéric Mébarki, non sans douleur, va devoir renoncer à reprendre le trait du Gaulois. Uderzo, seul maître à bord du dessin d’Astérix, organisera un concours confidentiel dont il sera l’unique membre du jury pour retrouver un successeur. Didier Conrad, dessinateur des Innommables, sera le gagnant avec Jean-Yves Ferri, l’auteur du Retour à la Terre, au scénario. Le duo n’a pas changé depuis 10 ans. 

Jean-Yves Ferri est avec Didier Conrad le nouvel auteur des aventures d'Astérix (Oct. 2021, photo Francis Forget).

Astérix aura connu plusieurs maisons. Dargaud sera son éditeur grâce au journal Pilote où sont apparues les premières planches du Gaulois. Et comme souvent avec les séries qui se vendent, Astérix se détachera de son éditeur originel. Uderzo crée une SARL en 1979, les éditions Albert-René. Elles publieront les albums après Astérix chez les Belges. La bonne idée, en avance sur son temps, est que la société déclinera aussi l’univers du Gaulois, du parc de loisir jusqu'au cinéma.

Céleste Surugue, directeur général des Editions Albert-René (Juin 2021, photo F. Forget).

En 2008, Uderzo et Anne Goscinny, la fille du scénariste, vendent leurs parts au géant Hachette Livre. Le groupe obtient ainsi 60% du capital. En 2011, après quelques atermoiements judiciaires et des tensions familiales au sein de la famille Uderzo, Hachette prend le contrôle total des éditions Albert-René : 100% du capital et les droits dérivés. Le montant de ces transactions est resté secret mais on l'estime à plusieurs dizaines de millions d’euros. Une somme et de grandes responsabilités pour Céleste Surugue qui est le directeur général des éditions Albert-René. Il dit vivre avec Astérix du matin jusqu’au soir. Passionné, il a les rênes sur les albums et ses à-côtés comme la nouvelle série télé Idéfix et les Irréductibles, diffusée depuis septembre par France Télévisions.

Lors de l’inauguration au mois de juin du nouvel hotel quatre étoiles du parc Astérix, elles étaient là : Anne Goscinny et Sylvie Uderzo, filles respectives de René et Albert. Avec Ada, l’épouse d’Uderzo, elles sont les ayants-droits, les héritières. Elles ont coupé le ruban de ce vaste décor de 150 chambres reconstituant les quais de la Seine 50 avant JC mais elles n’ont pas coupé le lien avec la potion magique.

Sylvie Uderzo (à gauche) et Anne Goscinny pour l'inauguration d'un nouvel hôtel au Parc Astérix (Juin 2021).

« Elles sont intéressées et impliquées dans le processus de fabrication mais elles nous font confiance », explique le directeur des éditions Albert-René. Le synopsis, le découpage et les crayonnés sont envoyés systématiquement aux filles des deux créateurs. « J’ai l’oreille absolue sur le travail de mon père. Quand je pense que ça contrevient à son oeuvre je leur dis », raconte Anne Goscinny. Alors concrètement, pour Astérix et le Griffon, quelles ont été les recommandations ? « Anne nous a fait changé quelques mots ou expressions. Sylvie Uderzo nous a fait rependre dans certaines cases le dessin d’Obélix. Elle ne le trouvait pas assez gros ! », détaille avec amusement Céleste Surugue. 

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