Hausse du prix du papier : trouvera-t-on des livres sous le sapin de Noël ?

Il y a 4 semaines 53

Le secteur du livre n'échappe pas aux pénuries de matières premières. La hausse du prix du papier se ressent dans les imprimeries depuis plusieurs mois. 

Les secteurs de l'édition et de l'impression sont sous tension depuis quelques mois maintenant. En cause, un manque de papier disponible, certains parlent même de pénurie, et ce pour plusieurs raisons.

franceinfo s'est rendu à Malesherbes, dans le Loiret dans les gigantesques entrepôts du groupe Maury, l'un des plus gros imprimeurs du pays, avec 65 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2020. Une activité tournée essentiellement vers la presse magazine, le nouveau Paris Match est d'ailleurs en train de sortir des rotatives.

Mais Maury travaille aussi pour la littérature, imprime beaucoup de livres de poche, et l'entreprise a commencé à ressentir les soubresauts du marché du papier au début de l'été. "On l'a senti, sous une forme d'augmentation des prix au départ, assure Jean-Paul Ménez, le directeur général du groupe Maury, qui d'un seul coup est devenue très forte à partir de début juillet et qui s'est accélérée ces dernières semaines." 

"Dans le livre pour l'instant, 'sous-tension' me paraît être le bon terme. Il n'y a pas vraiment de pénurie."

Jean-Paul Ménez, directeur général du groupe Maury

à franceinfo

Usine de l'imprimeur Maury, à Malesherbes dans le Loiret, le 2 novembre 2021.  (MATTEU MAESTRACCI / RADIO FRANCE) Usine de l'imprimeur Maury, à Malesherbes dans le Loiret, le 2 novembre 2021.  (MATTEU MAESTRACCI / RADIO FRANCE)

Une nouvelle fois, la pandémie de Covid-19 est responsable de cette situation. Avec des conséquences et des effets décalés dans le temps. Pendant l'année 2020, au plus fort de la crise sanitaire et pendant les deux confinements vécus en France, les gens ont beaucoup lu, plus que d'habitude, grâce aux stocks précédents.

Mais pendant ce temps, les usines papetières tournaient au ralenti, la pâte à papier est venue à manquer, mais aussi le papier transformé qu'utilisent les imprimeurs. Qui dit manque de matière première et rareté dit hausse de son coût : 15% de plus en moyenne depuis le début de l’année. Et pour ne rien arranger, la demande de cartons d'emballage - pour les livraisons par exemple - a, elle aussi, flambé avec le Covid-19, impactant les volumes, d'où les retards d'approvisionnement (huit à dix semaines supplémentaires) voire les ruptures de stock constatées en ce moment, qui concernent notamment le secteur imposant de la bande dessinée.

"On a tous les mêmes problèmes parce qu'on travaille tous avec les mêmes papetiers et les mêmes imprimeurs," explique Marion Glénat, présidente du directoire des éditions Glénat. "On s'est retrouvé à ne plus pouvoir répondre à la demande. Donc on a multiplié nos nombres de papetiers et d'imprimeurs", ajoute-t-elle. 

"Je pense qu'on est dans une reprise économique tellement forte qu'il y a forcément des embouteillages au bout de la ligne."

Mario Glénat, présidente des éditions Glénat

à franceinfo 

Et si la situation n'est pas forcément catastrophique, plusieurs sorties de mangas, domaine dont les ventes ont explosé depuis 2020, ont pris du retard. Une autre BD très attendue, Les Strates, de Pénélope Bagieu, a, elle aussi, vu sa date de parution décalée.

Usine de l'imprimeur Maury, à Malesherbes dans le Loiret, le 2 novembre 2021.  (MATTEU MAESTRACCI / RADIO FRANCE) Usine de l'imprimeur Maury, à Malesherbes dans le Loiret, le 2 novembre 2021.  (MATTEU MAESTRACCI / RADIO FRANCE)

Face à cette situation, les gros éditeurs s'en sortent mieux que les autres. C'est le cas pour Glénat justement, avec des volumes assurés jusqu'à la fin de l'année, et donc pour Noël. Et de manière générale, les maisons d'édition les plus puissantes ont su anticiper, en prévoyant des commandes de papier plus importantes. "On n'a pas anticipé sur les stocks mais on a anticipé sur les besoins, indique Pascal Lenoir, directeur de la production chez Gallimard." Ceux qui vont avoir des soucis, c'est ceux qui ont un livre qui décolle et qui n'auront pas le papier."

"Vous avez beau être gros, petit, moyen, quand vous avez des difficultés d'approvisionnement, vous ne pouvez pas l'anticiper."

Pascal Lenoir, directeur de la production chez Gallimard

à franceinfo

C'est plus compliqué pour les structures de taille plus modeste. Même si, par exemple, l'éditeur indépendant Philippe Rey, qui vient de recevoir, mercredi, le Prix Goncourt pour le roman La Plus Secrète Mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr, va en réimprimer 300 000 exemplaires dans les prochains jours, soit dix fois plus que le premier tirage en août. De quoi assurer d'ici Noël.

Par ailleurs, toutes les personnes interrogées l'assurent. Il n'y aura pas de pénurie de livres sous les sapins de Noël. Il n'y aura pas non plus de répercussions de cette hausse des coûts de production sur le prix des livres pour le consommateur. Mais les premiers mois de 2022 seront peut-être plus compliqués.

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