Pulp

Il y a 2 semaines 36

L'histoire :

Max Winters est un sexagénaire qui écrit les scénarios de Six Gun Western, un pulp vendu en kiosque pour 10 cents. On est en 1939 et l'ancien a traversé bien des épreuves pour arriver à encore mettre un pied devant l'autre. La dernière en date, c'est d'avoir réussi à surpasser la grande crise. Mais pour lui comme pour l'immense partie de la population humaine, la survie, c'est un effort constant. Ce matin, il livre à Mort, son rédac-chef, le dernier texte de l'épisode qu'il vient d'écrire pour le personnage qu'il a crée, River Kid. Quelques corrections minimes et l'affaire est conclue. Mais Mort lui apprend une bien mauvaise nouvelle : les pulp envahissent les kiosques, les ventes se sont effondrées et l'ordre vient d'en haut : désormais c'est deux cents par mot. Résultat de l'opération, Max empoche 120 $ quand il pensait pouvoir compter sur 200. Il suggère alors à Mort une idée qu'il a commencée à creuser : pourquoi pas introduire des épisodes qui mettent en scène Kid River plus vieux, comme Howard avait pu le faire avec Conan. La réponse de son boss est sans appel : « Pas question Max, tenez-vous en à la formule... Red et Heck aident de pauvres bougres dans la prairie, ils descendent des salopards et repartent pour leurs prochaines aventures... Voilà ce qui paye les factures ! »...

Ce qu'on en pense sur la planète BD :

Il va sans dire que chaque publication du tandem Brubaker/Phillips est un évènement pour les fans de comics. Ceux qui sont de «fidèles lecteurs» des auteurs ont aussi observé que le scénariste semble désormais privilégier le format moyen, depuis qu'il s'y est essayé avec ses Criminal Novel. Ce sont donc 65 pages qui nous attendent derrière cette couverture qui sent bon le western alors que le titre évoque les publications populaires d'avant guerre. Cette couv', elle annonce l'originalité de ce nouveau thriller, dans lequel on reconnaîtra quelques marottes du scénariste, ce qui fait aussi sa patte, en particulier la dureté de ses personnages, qui semblent éternellement vouloir échapper à leur destin, bien sûr, en vain. Avec Brubaker, le drame n'est jamais lié à la fatalité mais à la logique d'action des protagonistes. Ici, l'idée géniale, c'est de créer un personnage à cheval (si l'on ose dire) sur la fin du XIXème et la première moitié du XXème. Ce Max a connu le temps des prairies chères aux cowboys alors qu'il observe le monde changer à toute vitesse alors que se dessine l'ombre menaçante du nazisme. Au passage, Max est scénariste, ce qui constitue une nouvelle mise en abîme, comme Brub' avait pu y recourir dans Sale Weekend, . Alors on vous en a déjà dit beaucoup et on taira volontairement le nœud de l'intrigue, mais cela ne vous surprendra pas si on vous affirme qu'elle nous réserve de nombreux rebondissements et que sa narration est limpide. Du pur Brubaker... Doit-on gloser au sujet de Sean Phillips ? Là aussi, on s'abstiendra et vous concèderez que l'inverse serait un peu vain. Autant évoquer son coloriste de fils, qui délivre un travail assez classique, se contentant de sortir des sentiers battus pour les scènes «western» où les couleurs chaudes prédominent, avec une technique qui évoque le pointillisme. Ah, une dernière chose : jetez un œil sur le prix et si ça plus ça plus ça ne vous suffit pas, c'est à désespérer !

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